Quoi faire? – La fondation Donwahi

Il n’y a pas longtemps, je me suis intéressée à ce qu’Abidjan offre en terme d’espace culturel : vieux restes d’un passage en France où il y a des musées pour tout, des expos partout et tout le temps.
Mon premier choix a été le musée des civilisations. Malheureusement, il est en travaux et ce jusqu’aux jeux de la francophonie de cet été 2017 / grandes vacances scolaires / grande saison des pluies. Ses trésors sont inaccessibles jusque-là.

Déception d’abord pour moi, ensuite pour elle. Elle, c’est mini-pouce. S’il est quelque chose que je veux lui inculquer-transmettre-donner-léguer parmi d’autres, c’est la curiosité, l’ouverture d’esprit, l’ouverture à l’autre, le goût du bizarre.

Alors après des ouï-dire au sujet de la fondation Donwahi, j’ai décidé qu’il était temps de retenter la sortie culturelle.

Parenthèse
Ça te fait ça à toi aussi, de planifier un truc et le jour j de ne plus avoir envie de bouger la moindre partie de ton corps et de te trouver un tas de raisons plus ou moins tordues pour te conforter que ce nouveau choix de l’enfermement est le bon?
J’ai reporté oowww. J’ai reporté même. Jusqu’à ce week-end où c’en était trop parce qu’au bout d’un moment, la vie ce n’est pas que des envies. Faut passer à l’action.
Fin de la parenthèse.

Sous un soleil de plomb, nous nous y rendâmes pleines d’entrain. Il est bon de savoir que les portes de la Fondation sont ouvertes jusqu’à 20 heures. Je ne le savais pas. Je n’aurais peut-être pas décalé si j’avais su mais c’est toujours bon de le savoir.

A la question : Maman on va où ?, je répondais : à la galerie.  Et avoue, ça en jette.

En ce moment et jusqu’au 31 juillet 2017, il y a des expositions permanentes et une autre que je qualifierais d’exceptionnelle : Jems Kokobi – Terre d’Origine.
Terre d’Origine, ce sont des sculptures sur bois réalisées à la tronçonneuse au cœur de la forêt.
Terre d’Origine, ce sont 5 œuvres dispersées dans la cour et une projection dans la « boite noire » qui nous plonge au cœur du processus créatif.
S’il fallait choisir, ma préférence à moi irait aux 2 chaises amoureuses. Traduire l’amour et le jeu amoureux par la désarticulation est MAJESTRALE.
Mais aucune œuvre ne laisse indifférent. Elles ont chacune une histoire que je vous invite à découvrir en vous y rendant, même si j’ai déjà trahi le secret des médiateurs sur snap *ownsl257*.
Nous avons eu la chance d’être guidée par une personne très sympathique dont le nom m’échappe maintenant et je me sens trop mal de cet oubli parce qu’elle contribue pour beaucoup à entrer dans l’univers de la Fondation et de l’artiste.

J’y retournerais certainement. Elle n’a pas été très attentive (dans le sens attentif de l’adulte où on attend de nous que nous écoutions sagement et fixement) mais elle a kiffé à sa façon et s’est émerveillée de tout et de rien (le vidéoprojecteur : maman la télé est dans le mur !!!). Elle a aussi beaucoup couru partout et ça elle aime. Je pense pour elle que l’intérêt viendra au contact encore et encore de cet univers.

PS : L’entrée est libre et libre c’est un autre mot pour gratuit. 😉

N’hésitez pas à partager à des parents ou pas autour de vous en panne d’inspiration.

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Les chaises amoureuses

 

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Merina – L’origine

 

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Mur de la galerie

 

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Mur de la galerie

 

Elle et Lui – 15

Sur la table, trônait encore les restes d’un repas.
Une assiette et un verre sales qui se trouvaient dans la même position depuis un temps qu’elle ne saurait plus dire. Elle n’avait plus la force de déplacer les choses. D’ailleurs pourquoi les déplacerait-elle? L’évier dans la cuisine était plein à craquer et il était devenu impossible de s’y mouvoir à son aise. Un chaos qui avait maintenant attaqué le salon. A cela, s’ajoutait une puanteur qui vous saisissait au nez dès que vous vous en approchiez, pour ensuite s’accrocher à vos vêtements et vous poursuivre jusque dans vos rêves.
Il fallait quand même qu’elle trouve une solution.
Elle avait compté et recompté les assiettes et verres jetables, restes de son fiasco d’anniversaire et elle savait qu’elle ne pourrait pas tenir longtemps. Il y avait au total 18 assiettes et 12 verres. Les verres n’étaient pas le plus important, elle pouvait s’en passer et faire à l’ancienne. Mais pour les assiettes, c’était un peu plus compliqué. L’idée lui a traversé l’esprit de se servir des feuilles de ses innombrables magazines dont aucun n’avait tenu ses promesses.
Et puis, zut.
Elle allait devoir sortir.
Elle n’allait quand même pas se terrer indéfiniment. Elle n’était sûrement pas la première à ressentir un tel chagrin et même si elle l’était, elle était fière d’être une pionnière.
Elle lui avait cherché des excuses. Elle n’avait rien trouvé.
Elle lui avait demandé des explications. Il n’avait pas daigné réagir.
Rien.
Pas un mot d’excuse.
Pas un mot tout court.
Elle était pourtant prête à lui pardonner mais pour cela il fallait qu’il fasse un effort. Un minuscule effort qu’elle emphaserait avec tout ce qu’elle avait d’imagination pour ses amies qui avaient été présentes. Elle devait sauver la face. Mais avec rien, qu’est ce qu’elle pouvait bien faire?

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Elle et Lui – 14

Elle m’avait prévenue.
Elle l’avait murmuré presque susurré mais les mots avaient été assez distincts pour que je l’entende clairement.  Elle me l’avait dit en me regardant droit dans les yeux, de tout l’aplomb dont elle était capable.
« Hey toi, va pas tomber amoureux ».
Elle s’était pour cela relevée de sa position favorite, c’est dire à quel point c’était important. Un peu brusquement d’ailleurs, prise d’une illumination.
Elle aimait à rester tout le temps que nous passions assis ou presque, à moitié affalée sur mon torse. Moi qui la soutenait, les fourmis me venaient dans les jambes et dans les bras mais je ne montrais jamais aucun signe de faiblesse.
A la suite de quoi, elle avait rajouté très sérieusement « Je n’ai plus la force de tout ça ».
J’avais ri sans trop comprendre.
De nervosité, de lâcheté, de peur, de tout ça à la fois sûrement. J’avais ri comme toutes les fois précédentes où elle insistait pour que je la laisse seule quelques instants le temps de … J’avais ri sans oser poser plus de questions.
Je me suis toujours demandé si elle voyait d’autres hommes sans jamais directement lui formuler. Mon petit doigt me dit que oui.  Mon cœur le somme de se taire.
La femme que j’aime.
C’est le surnom que je lui ai donné. Je dois reconnaître qu’il est quelque peu inhabituel, un peu long, mais il traduit exactement ce qu’elle représente pour moi. Parce que oui cette femme je l’aime.

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Humeurs – Estime de soi

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Estime de soi.

Estime de soi.
S’estimer.
Je m’estime.

Alors, « E.S.T.I.M.E.R. » a, sur le Larousse en ligne, pas moins de 5 définitions. Le mot recèle donc quelques subtilités et celle qui pour moi, correspond le plus à notre contexte est « Avoir une bonne opinion de quelqu’un, de son œuvre, de son action, en faire grand cas» .
S’estimer serait donc avoir une bonne opinion de soi. #CQFD
Avoir une bonne opinion de soi c’est quand même vachement simple. Comme le dit une sage de 30 ans  « Si tu n’es pas un sous-homme, dans ce monde actuel, pourquoi tu penses que tu n’as pas de valeur?« . Oui, la sage est un peu brute.
Tant qu’à réunir tout plein d’avis avant de me prononcer, je demande également à des ladies de mon entourage qu’elles me disent que ce qu’elles en pensent. En deux temps trois mouvements, un groupe whatsapp est créé et depuis mon canap’, je peux maintenant les emmerder harceler  interroger.

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Elle et Lui – 13

Il ne sera jamais à moi.

Plantée devant mon miroir, je me répète inlassablement ces mots. Ils finissent par ne plus avoir de sens mais je continue quand même. Répéter un certain nombre de fois, tout mot se vide peu à peu de substance pour ne plus être qu’un amas un peu pâteux dont la bouche ne sait pas trop quoi faire. Je ne sais pas si il existe un nom pour ce phénomène. Je ne suis même pas sûre qu’il s’agisse d’un phénomène.
Plantée devant mon miroir, je réalise brutalement qu’il est recouvert d’une épaisse pellicule de poussière. Depuis combien de temps l’ai je nettoyé? c’est quand la dernière fois que je m’y suis regardée? Un rapide coup d’œil circulaire me permet de constater que le reste de mon studio n’est pas mieux logé. Il serait temps de faire un grand ménage.

Il ne sera jamais à moi.

Je n’essaie pas de m’en convaincre parce que je le sais.
Nul besoin d’avoir été à Harvard, MIT, HEC ou où sais-je encore pour savoir ça. Je n’ai rien contre vous Messieurs Dames qui sortez de ces instituts Ô combien prestigieux. En vrai je vous envie, c’est qu’il en faut du talent pour adopter ces airs pleins de suffisance.
Même si cette fois c’est un peu différent, comme si mon cerveau semble ne pas vouloir transmettre aux autres cellules de mon corps le message.
Ce n’est pas le moment de flancher. Ressaisis-toi.
Tu n’est pas très futée mais ça tu le sais. Épargnez donc moi votre pieuse pitié et vos mines attristées. Il n’est pas question d’autoflagellation. La terre s’autoflagelle t-elle en disant qu’elle est ronde? Je parle de faits. Ne dit-on pas que la vérité est dans les faits? ou quelque choses comme ça? Si on ne le dit pas, on devrait le dire selon moi. LES FAITS, rien que les faits.

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ELLE ET LUI

LUI

Je ne peux plus lui dire la vérité.
Enfin, je pourrais. Les mots justes seraient plutôt « je ne veux pas ». Physiquement, il n y aurait qu’à ouvrir ma bouche et prononcer les mots qu’il faudrait. Mais, non.
Et puis même si je voulais, par quel bout commencer?
Il y a encore un temps, cela aurait été possible.
Enfin, je crois. J’avoue ne plus bien savoir. Je n’ai jamais été très courageux et par dessus tout, je ne veux pas qu’elle parte.
Je vois d’ici tout ce qu’elle pourra dire quand elle l’apprendra. Oh ça va barder! Toutes ces injures qui n’ont jamais été à leur place dans sa bouche.
Alors je me cherche des excuses et je peaufine mes expressions.
J’ai besoin qu’elle continue de m’aimer.
Alors de mon côté, je continue. Je continue à lui dire qu’il n y a qu’elle et qu’il n’y aura jamais qu’elle. Cela aurait pu être vrai si je l’avais rencontré la première. Putain de vie. J’enlève cet anneau. Je m’oublie, je l’oublie.
Ca devient de plus en plus en difficile de jongler entre elles parce que le temps avançant, elle m’en demande plus. Ce plus que je ne pourrais jamais lui donner. J’ai déjà oui ailleurs il y a longtemps.
Elle et son air de ne pas y toucher.
La première fois, je ne lui avais pas prêté une réelle attention. J’avais faim et je sortais d’une réunion qui n’en finissait plus. La seconde fois, non plus. Puis, nous nous sommes revus, revus et encore revus. Beaucoup à cause d’elle. Elle est définitivement la plus audacieuse des deux.
Pourquoi dans ces moments là, je ne luis ai pas glissé entre deux tirades que j’étais marié. Je suis presque sûr qu’elle serait quand même restée. Elle était aussi accrochée que moi.
Je n’avais juste pas prévu que cela dure. Le plan était d’être de passage. Elle aurait dû rester une distraction. C’était ça le plan.
Elle s’est révélée fascinante, entêtante, envoûtante. Tout ce qu’elle avait une fois été.
Comment voulais-tu que je me résigne à la laisser partir? Je me suis retrouvé piégé.
Je ne sais pas comment ça va finir. Aussi hypocrite que cela puisse paraître, j’espère  sincèrement que personne ne souffrira.

Probabilité
Notion qui permet de quantifier le hasard. 

La probabilité d’un événement A, notée E, associe une valeur entre 0 et 1 que l’événement se réalise.
Lorsque E=1, l’événement  a « toutes les chances » de se réaliser. À l’inverse si E=0, l’événement a une chance nulle de se réaliser.

ELLE

Je l’ai vu.
Je ne la cherchais plus et je l’ai vu. Elle était là devant moi.
Nous étions loin de ce qui pouvait être une heure de pointe et j’aurais très bien pu prendre n’importe laquelle de ces foutues files. Pourtant, au moment de m’engager, une minute d’attente m’a paru une éternité et j’ai cherché la caisse la plus rapide.
Exit la maman avec son chariot rempli à ras bord, le monsieur et ses mille légumes (toutes les chances qu’il ait oublié d’en peser certains), je choisis de passer après cette fille avec rien sur le tapis devant elle.
Je ne l’ai pas reconnu immédiatement. Le nom par lequel la caissière l’avait appelé n’était pas celui que je connaissais. Elle avait 3 articles : 2 canettes d’une marque de bière que je ne connaissais pas et un paquet de chewing-gum. Elle s’était esclaffé quand la caissière lui avait premièrement annoncé un montant erroné. Elle avait une voix vibrante. Elle portait une robe que j’avais déjà vu en photo.
Ces photos qu’elle t’envoyait.
Quand j’ai appris pour elle, j’ai voulu la voir, la connaitre, l’étriper, comprendre.
Connaitre son visage et son nom n’était pas suffisant.
Je connaissais son lieu de travail. J’avais fait mes petites recherches. Alors, il m’arrivait de me convaincre d’avoir besoin de quelque chose pas très loin. Je m’y rendais tremblante et terrifiée; une peur irrationnelle qu’elle me reconnaisse.
Je n’ai pas toujours eu le courage de tourner mon regard dans ce qui aurait pu être sa direction. Les fois, où je l’avais eu, elle n’était pas là.
J’ai continué ce manège pendant un bon moment puis j’ai arrêté.
Et aujourd’hui, elle était là.
J’ai hésité à la confronter. Je crois avoir évité le ridicule. Elle m’a regardé, par deux fois. J’ai cru lire dans ces yeux une certaine interrogation.
Faut dire que je la dévisageais sans honte. Elle était belle. Elle était grande. Elle était elle. Je l’ai suivi du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse de mon champ de vision puis je suis rentrée le retrouver.
Je ne lui ai jamais dit que je savais. Je ne lui dirais jamais. Ni aujourd’hui, ni demain. Trop de conséquences qu’il faudrait tirer et pour lesquelles je n’ai pas la force. Je prie aussi fort que je peux en espérant qu’il se lassera.

Elle et Lui – 11

J’avais 5 ans, il en avait 50.
Non, ce n’est pas ce que ça semble être.
C’était un accident.
Il n’avait pas prévu ma venue. Faut dire que quand votre femme a 48 ans, il y a des hypothèses que l’on ne forge plus.
Comprenez le, il avait d’autres projets mon père. Il réapprenait tout juste à penser à lui,  à s’occuper de lui, à vivre pour lui.
Mon père fait partie de cette génération qui s’est retenue de vivre une fois les enfants arrivés. Il avait vécu pour ses enfants et lorsque le dernier était parti pour ses études, il pensait en avoir fini.
Puis, je suis arrivée.
Je me souviens surtout du silence. A la question, comment était ton enfance ? Je répondais invariablement « silencieuse » et j’avais droit à ces regards mêlés d’interrogation et de pitié. J’ai arrêté d’être honnête pour commencer à répondre comme les autres : « heureuse ».
Pourtant, ce silence n’avait pas été oppressant.
Pour ma mère , j’étais un cadeau du ciel. La tête de mon père criait le contraire.
Papa n’était pas méchant. Il n’avait juste pas prévu de reprendre le chemin des couches.
Alors, il ne m’a pas calculé.
Je n’étais pas délaissée pour autant. J’avais tout le matériel nécessaire à ma bonne croissance et même un peu plus: un toit, de la nourriture, des vêtements, une nounou, des jouets. Pour le reste, je pouvais toujours courir.

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Conversations

Elle : Tu viendras ?
Lui : …
Elle : Oui ou non. Ce n’est pas très compliqué. J’en ai marre de te poursuivre. Un mois que j’attends que tu te décides.
Lui : …
Elle : Faire autant de mystère pour une bête soirée entre amis?
Lui hausse les épaules.
Elle : Gamin.
Lui : Change de disque.
Elle : Quand tu changeras d’attitude !
Lui : A t’entendre, je ne fais rien de bien. On se demande bien ce que tu fiches encore avec moi.
Elle : Mon esprit de charité ?
Lui tire la langue.
Elle : Tu as peut être d’autres projets pour la soirée de la Saint Valentin ?
Lui : Il se pourrait bien.
Elle : C’est drôle pour toi de me provoquer ?
Lui : Te provoquer ? Tu penses vraiment que je n’ai que ça à penser ? ou pour madame je ne peux pas avoir d’autres projets, le sacro-saint-jour de la Saint Valentin que de rester avec tes amis, à écouter les mêmes histoires pas très drôles? Mais je m’en fous moi de cette fête à la con.
Elle : Mes amis ?
Lui : Oui.
Elle : J’ai toujours cru que tu les aimais bien. Ils t’apprécient tu sais.
Lui : Est-ce que tu essaies de me culpabiliser avec ce ton douceureux et un compliment gratis au passage ?
Elle : Et ça marche ?
Lui : Non.
Elle : Tu ne disais pas ça quand tu m’aimais.
Lui : Nous y voila ! Je me demandais à quel moment tu allais me la ressortir. Mais tu n’en  as pas marre ?
Elle : Pour être franche, si. Je suis fatiguée.
Lui : …
Elle : …
Lui : Je dois y aller.
Elle baisse les yeux.
Lui : Zyva, j’y viendrais à ta foutue soirée.
Elle : ooooh tu m’aiiiiiiimes.
Lui : Ne mets pas dans ma bouche des mots que que je n’ai pas prononcés.
Elle chantonne : Il est amoureux. Il est amoureux. Il est amoureux.
Lui : Je viens surtout pour la bouffe. Je me suis rappelé que tu t’affairais sur des verrines à l’avocat et tout le monde que jamais je ne dis non à de l’avocat.
Elle : je vais te décevoir mais ce n’est pas la saison des avocats, je m’étais emballée.
Lui : Tu aurais pu me mentir, me laisser y croire.
Elle : Je ne veux pas prendre de mauvaises habitudes.
Lui : Ce n’est pas ce que tu n’as jamais fait.
Elle : Pendant combien de temps encore, tous les sujets vont nous ramener à ça ?
Lui : Parce que pour toi, c’est facile peut être ?
Elle : Je n’en sais rien mais ça fait deux ans, merde ! Tu n’avais qu’à partir si c’était trop difficile de rester et passer l’éponge. Je suis fatiguée. Les mêmes mots. Tu veux vraiment que je rabâche les mêmes excuses? Elles n’ont plus de sens.
Lui : Ce n’est pas toi qui a été trompé.
Elle se lève.
Lui la suit du regard.
Elle détourne les yeux.
Lui soupire.
Elle : C’est la fin ?
Lui : Je ne sais pas. Ça semblait déjà fini les fois précédentes, et nous y revoilà encore.
Elle regarde par la fenêtre
Lui : Qu’est ce qu’on va devenir ?
Elle : Pourquoi tu ne pars pas ?
Lui se rassoit.
Elle : Pourquoi tu es resté?
Lui : Parce que tu m’as reproché d’être le coupable. Parce que le psychologue que tu paies bien trop cher a décrété que j’avais baissé les bras. Parce que tu m’as menacé de te jeter d’un pont piéton le jour où je partirai. Sais-tu seulement qu’il n’est pas très haut et que tu risquerais au pire de te casser une côte.
Parce que je t’aime banane.
Elle se jette dans bras.

ELLE ET LUI

Je vous ai vu l’autre jour.
Plus par accident qu’autre chose.
Je n’ai pas pu me défiler.
Trop tard.
Donc voilà, je vous ai vu.
Ma journée était pourtant bien partie. Réveillée en douceur sur cette chanson qui me portait jour après jour, la météo annonçait du soleil et il y’avait tellement longtemps. Ce matin, ça avait suffit à me mettre d’excellente humeur.
J’avais eu la force de me sortir de mon lit avant midi, de prendre une douche (yeah!!) et d’enfiler quelque chose de pas trop informe.
Quand je suis arrivée dans le hall de l’immeuble, j’avais affronté mon reflet dans l’immense glace vers laquelle je ne me tournais plus, et je m’étais trouvée jolie.
C’était un beau début de matinée.
Alors, plutôt que de me limiter à l’unique raison de ma sortie, à savoir faire une razzia à la librairie du coin, je me suis aventurée plus loin. Un peu trop.
Je vous ai vu.
Tu avais l’air heureux. Elle avait l’air d’une pute.
Décidément, elle mourra comme elle est née. Pute un jour, pute toujours.
Elle était vulgaire mais vulgaire, comme à son habitude. Sa façon de parler, de se tenir, de marcher, de se vêtir, de respirer.
Je ne comprends toujours pas ce que tu peux bien lui trouver. Ah si, son porte-monnaie.
L’ironie de la vie. C’est elle qui a l’air d’une pute quand c’est toi qui es entretenu.
Je ne cherchais pas à te voir.
J’espère que tu ne m’as pas vu.
Je me suis engouffrée le plus vite possible dans la première boutique qui s’est présentée à moi.
Te voir était bien la dernière chose qu’il me fallait.
Bien que la moi complètement hystérique, qui suivait tes moindres mouvements et avait besoin de savoir tout ce que tu faisais n’existait plus, j’ai reçu un choc.
Ça avait été difficile de trouver une parade à mes envies de toi. Envie? Un mot trop beau pour exprimer ça. Le terme « poussées » conviendrait mieux. Comme une urticaire purulente, un eczéma chronique devant lequel il fallait employer les grands moyens pour s’en débarrasser.
Pas assez efficacement faut croire, puisqu’à cet instant, il a fallu que je sache. 
Que je remplisse ce vide que j’avais tant de fois fantasmé.
Il m’a fallu très peu de temps pour rattraper les deux ans qui nous séparaient. Les vieux réflexes.
Jusqu’ici, j’avais fui toutes les fois où ton nom avait été prononcé. J’avais réussi à ne pas entendre parler de toi, à faire semblant d’ignorer que tu vivais toujours à deux pas. Toute une logistique mise en place pour éviter que nos mondes ne se croisent.
Rentrer tôt.
Sortir tôt.
Prendre des chemins plus longs.
Eviter tous tes spots; ce qui revenait à me contraindre à aller dans tous ces lieux que je ne n’aimais pas. Parce que oui, nous avions les mêmes goûts. Ça nous avait rapprochés à l’époque.
J’avais fui et j’avais réussi. Je vivais dans mon monde, aseptisé, nettoyé de toi.
J’avais dû me séparer de toutes ces personnes qui insistaient à me demander comment j’allais malgré mes faux sourires. Certaines étaient proches, mais il me fallait croire en mon personnage et elles ne m’aidaient pas. Toujours à être là, à s’inquiéter de mon état, à me demander si j’avais mangé, à mettre encore et encore le doigt sur ma faiblesse.
Voilà que la réalité me rattrapait.
Il fallait bien que ça arrive un jour.
J’ai filé dans une cabine d’essayage, bien à l’abri des regards, avec un article trois fois trop grand pour moi, pris à l’arrache dans un rayon.
Je me suis assise à même le sol, les jambes en tailleur et les pages ont défilés.
Les joies des réseaux sociaux.
Vous étiez fiancés.
A cet instant, j’ai reçu un énorme seau d’eau glacée sur moi, sauf qu’à la place de l’eau, il y avait des épines. Beaucoup.
C’est marrant hein? Le mariage t’avait toujours dégoûté-répugné-effrayé au plus haut point. Tu m’avais même convaincu de sa haute inutilité.
Elle avait eu droit à la bague.
Peu importe qu’elle l’ait sûrement payée elle-même avec ces foutus millions, elle l’avait.
Demande partagée sur internet. Qu’avais donc tu fais de ta maxime du « vivons heureux, vivons cachés »?
Et puis le souvenir de toi qui me disait de ne pas m’inquiéter, qu’elle ne représentait rien, qu’elle pouvait bien s’agiter.
Car oui, à une époque, nous avions ri tous les deux de la demoiselle qui pensait qu’elle pouvait t’acheter.
J’ai attendu un peu plus de 30 minutes dans cette cabine. Je devais être sûre que vous seriez loin quand je me risquerai à sortir.
L’affluence était encore faible donc je ne fus pas dérangée. Dieu merci.
Puis je me suis élancée dehors et j’ai couru, couru de toutes mes forces, couru à en perdre haleine.
Je n’avais pas couru aussi intensément depuis mes années lycée. Ces courses pour ne pas perdre la face devant les autres élèves, où j’arrivais incontestablement dernière. Dernière mais je donnais tout. Je donne toujours tout.
J’ai dû battre un record personnel, parce qu’il m’a fallu moins d’une dizaine de minutes pour parcourir le trajet jusqu’à mon fort, ma tour, ma cachette.
Pourtant, une fois arrivée là, je ne suis plus rentrée.
J’avais couru pour mettre de la distance entre nous et c’est moi que j’avais rattrapée.
J’ai alors été prise d’un rire, et quel rire. Ils me regardaient tous!
Je vous ai vu l’autre jour et j’ai enfin pu tourner la page.

ELLE ET LUI

J’aimerais que ce ne soit qu’un au revoir.
Voilà, ce que j’aimerais.
Alors, je ferme les yeux et je me le répète encore et encore.
Cela ne peut être vrai. Cela ne peut être vrai.
J’aimerais également que la famine et la guerre cessent, que le réchauffement climatique soit loin derrière et pouvoir manger autant que je voudrais sans prendre un gramme.
Mais c’est comme pour tout dans la vie : il y a ce qu’on aimerait et la putain de réalité.
Il arrive que les deux coïncident.
Oui, il arrive.
Lorsque ces fois se produisent, je me suis toujours contentée de profiter  en évitant de me poser trop de questions. Savourer, par petites lampées, comme lorsque ton thé est un peu trop chaud.

Je te regarde quand le courage me prend.
Je dois avouer qu’il me prend de moins en moins souvent.
Je te regarde.
Je vois dans tes yeux qu’il n’en est rien.
Je voudrais lutter contre le courant.
Seigneur, donnes-moi la force. Seigneur, si Tu existes , donnes-moi la force. 
Ils font comment les saumons pour remonter tous ces cours d’eau à contre-courant. Ça m’arrangerait bien tout de suite d’être un saumon. En plus, j’aime le saumon. Béni soit l’inventeur du saumon. J’aurais été un saumon qui mange du saumon. SAUMONBALE. Ça ferait un titre de film génial ça. Un film d’horreur pour saumons.

Je détourne les yeux.
Je ne nous supporte plus.
Le temps qui passe, les horloges, les calendriers, tout m’insupporte. Le tintement de ma montre est devenu un supplice et je ne parviens pas à rationaliser. J’ai hurlé sur cette pauvre dame dans les transports en commun. Je parie qu’elle n’a toujours pas compris en quoi demander la date était déplacé.
J’ai honte.
Bientôt je n’aurai plus rien à te dire. Ce qui en soi n’avait jamais été grave. J’ai appris à apprécier le silence avec toi. Ne pas être obligé de parler, de dire, de faire. Pouvoir se taire et se plonger chacun dans ses occupations.
C’est différent, cette fois. Je suis à cours de sujets. Forcée de me taire.

C’est un adieu que tu veux? Vraiment?
Alors, tu l’auras!
Mais par la grande porte. Parce que non Monsieur, on ne se débarrasse pas de moi aussi facilement.
Je sors mais à ma façon. Théâtrale.
Alors quel meilleur endroit qu’une tribune ouverte?
C’est que… faut pas me chercher moi.
Maintenant, tu assumes.

Et puis merde, reste, je ne suis pas prête.

Je ne suis plus fâchée.
Tu pensais que je l’étais toujours hein? Avoue. En même temps, je peux comprendre. Les scènes que je fais. Mais c’est tout moi ça, tu devrais être habitué depuis le temps. Tout le temps, dans l’exagération.
Allez viens, j’efface tout.
La fois où tu as oublié mon anniversaire et que j’avais juré de ne plus te parler. Je t’avais attendu des heures et même la nuit tombée ne m’a pas fait cesser de croire que tu te manifesterais. J’EFFACE.
La fois où je t’ai demandé de m’aider à choisir entre deux sacs  et que tu avais répondu le premier sans justifier ton choix. J’EFFACE.
La fois où j’avais trouvé la photo de cette fille et que tu n’avais rien su bredouiller de concret et avais opté pour la diversion. J’EFFACE.

Tu vois, je tiens à toi.

J’imagine que ça doit compter un peu non.
En plus, tu as promis d’être là toujours. Tu as promis. Prends ça dans les dents tiens.
Fallait pas.
Alors, tu restes! Il en va de ta parole d’homme. Tu es un homme ou pas?
Oui, je sors l’artillerie lourde, c’est que ça suffit là.
Et ce n’est pas l’impossible que je te demande?
Réveille-toi.
Tu l’as déjà fait des milliers de fois, tu sais le faire. Allez…
29 multiplié par 365, ça fait bien 10 858. Donc siestes non incluses et Dieu m’est témoin que tu en prends des siestes, tu l’as fais a minima 10 858 fois.
Refais le encore aujourd’hui.

T’en vas pas, le ciel peut bien attendre.