Elle et Lui

Elle m’avait prévenue.
Elle l’avait murmuré presque susurré mais les mots avaient été assez distincts pour que je l’entende clairement.  Elle me l’avait dit en me regardant droit dans les yeux, de tout l’aplomb dont elle était capable.
« Hey toi, va pas tomber amoureux ».
Elle s’était pour cela relevée de sa position favorite, c’est dire à quel point c’était important. Un peu brusquement d’ailleurs, prise d’une illumination.
Elle aimait à rester tout le temps que nous passions assis ou presque, à moitié affalée sur mon torse. Moi qui la soutenait, les fourmis me venaient dans les jambes et dans les bras mais je ne montrais jamais aucun signe de faiblesse.
A la suite de quoi, elle avait rajouté très sérieusement « Je n’ai plus la force de tout ça ».
J’avais ri sans trop comprendre.
De nervosité, de lâcheté, de peur, de tout ça à la fois sûrement. J’avais ri comme toutes les fois précédentes où elle insistait pour que je la laisse seule quelques instants le temps de … J’avais ri sans oser poser plus de questions.
Je me suis toujours demandé si elle voyait d’autres hommes sans jamais directement lui formuler. Mon petit doigt me dit que oui.  Mon cœur le somme de se taire.
La femme que j’aime.
C’est le surnom que je lui ai donné. Je dois reconnaître qu’il est quelque peu inhabituel, un peu long, mais il traduit exactement ce qu’elle représente pour moi. Parce que oui cette femme je l’aime.
La femme qui m’aime?
Bien évidement, je n’ai pas tenu compte de son avertissement et arriva ce qui arriva.
Ça s’est produit un 6 avril. C’était un jeudi. A l’heure qu’il était, j’aurai normalement dû être à mon bureau en train d’accomplir mécaniquement mes tâches quotidiennes. Mais j’avais pris deux semaines de congés que je comptais bien passer près d’elle. J’avais dit à ma famille que je partais en mission, une mission un peu plus pointilleuse que les précédentes, qui nécessiterait cette fois que je m’absente plus longtemps. Jusqu’ici, ma plus longue mission avait été de huit jours.
Ça faisait maintenant trois jours que nous étions arrivés sur le site de la Villa Enchantée. Le nom est kistch, très kistch même, je dois bien l’avouer. J’avais d’ailleurs refusé dans un premier temps d’y aller. Elle avait insisté. Elle savait me faire changer d’avis. Je suis heureux d’avoir finalement dit oui. Le cadre était … enchanteur. La Villa Enchantée est indescriptible. On y perd la notion du temps. J’ai été happé très rapidement par l’énergie qui s’y dégageait et je voyais déjà la fin de notre séjour là-bas comme un déchirement.
Le terme villa par contre, lui, était mal choisi, puisqu’en réalité il s’agissait d’une suite de bungalows disposés de telle sorte à ne pas créer de vis à vis et que chacun de ses occupants soit à proximité d’un des nombreux privilèges qu’offrait l’endroit.
Nous occupions le bungalow n° 7 et les moments où il ne faisait pas trop chaud, nous pouvions sentir les brises de la lagune pas loin.
Ce 6 avril, j’étais en train de lui repasser un épisode d’une de mes web-séries préférées. Un truc trois fois con mais qui me fait marrer. A l’origine, il s’agit d’une web-série destinée aux enfants, je l’ai d’ailleurs découverte un jour que je rendais visite à ma sœur. Ma sœur a de très jeunes enfants.
Vous l’auriez vu, elle était si concentrée. Si intéressée à ce qui m’intéressait.  Elle ne simulait pas l’intérêt. Elle voulait vraiment savoir et me charriait sur la niaiserie des personnages. Mon cœur à commencer à se fissurer à cet instant.
Puis, elle s’était mise à danser. Elle ne dansait pas de façon conventionnelle. Sa façon de danser pourrait être qualifiée de bizarre. Elle vivait la musique. Ses gestes. Ses postures. Elle se ployait et se déployait à la façon des danseurs contemporains.
Elle s’était arrêtée, m’avait dévisagé puis avait de façon sentencieuse « Hey toi, tu m’aimes. »
J’étais resté interdit. Plus aucun son n’a voulu sortir de ma bouche. J’ai vu son visage se durcir et son corps se raidir. J’aurais voulu lui crier  » Oui, je t’aime. Je t’aime et tu vas faire quoi maintenant? » « Je t’aime parce que tu m’as fais tomber amoureux. »  » Tout ça , c’est de ta faute« .
J’étais simplement incapable de formuler le moindre mot, alors je me suis enfui.
J’ai 28 ans. Je travaille depuis 5 ans et grâce à mes capacités, j’ai gravi plusieurs échelons au sein de l’entreprise où j’exercice et je me suis retrouvé à courir les larmes me montant aux yeux. J’avais couru avec pour remonter le temps. Peut être que si je courais longtemps et très vite, je me recroiserai et me préviendrai avant de commettre la gaffe.
Je me suis arrêté à un bistrot. J’ai pris un ou dix verres de vin de palme pour me donner du courage. Le temps a filé, il était presque 21 heures. Je suis retourné à la Villa décidé à l’affronter. J’allais lui dire ce que je ressentais et advienne que pourra.
Arrivé, devant notre porte, il n y avait aucune lumière. Elle était partie. J’avais songé à rentrer moi aussi sans même prendre le temps de ramasser le reste de mes affaires. Dans un éclair de lucidité, j’ai réalisé qu’il était presque suicidaire dans mon état de prendre le volant.
Résigné, j’ai pris une douche rapide et me suis jeté au lit. C’est alors que j’ai senti sa présence. J’avais du la bousculer puisqu’elle était réveillée et me scrutait maintenant dans le noir. Puis, elle a caressé mon visage de ses gestes lents habituels, a taquiné ma barbe et s’est retournée.
Quelques minutes ont passé pendant lesquelles mon cerveau ne savait pas comment interpréter son attitude. Elle s’est alors relevée brusquement et avait déclaré « Hey toi, moi non plus je ne me suis pas écouté« .
Tout cela s’est passé, il y a maintenant  6 ans.
Aujourd’hui, ça va faire 6 ans que la femme que j’aime est aussi celle qui m’aime.

Elle et Lui

Humeurs – Estime de soi

own

Estime de soi.

Estime de soi.
S’estimer.
Je m’estime.

Alors, « E.S.T.I.M.E.R. » a, sur le Larousse en ligne, pas moins de 5 définitions. Le mot recèle donc quelques subtilités et celle qui pour moi, correspond le plus à notre contexte est « Avoir une bonne opinion de quelqu’un, de son œuvre, de son action, en faire grand cas» .
S’estimer serait donc avoir une bonne opinion de soi. #CQFD
Avoir une bonne opinion de soi c’est quand même vachement simple. Comme le dit une sage de 30 ans  « Si tu n’es pas un sous-homme, dans ce monde actuel, pourquoi tu penses que tu n’as pas de valeur?« . Oui, la sage est un peu brute.
Tant qu’à réunir tout plein d’avis avant de me prononcer, je demande également à des ladies de mon entourage qu’elles me disent que ce qu’elles en pensent. En deux temps trois mouvements, un groupe whatsapp est créé et depuis mon canap’, je peux maintenant les emmerder harceler  interroger.

Screenshot_2017-04-02-09-12-57-01Screenshot_2017-04-02-09-13-10-01Screenshot_2017-04-02-09-13-10-02Screenshot_2017-04-02-09-12-52-01Screenshot_2017-04-02-09-12-52-02

Lutte contre soi (je pourrais être mon propre et premier ennemi ?), lutte contre les autres ( la vilaine et méchante société qui nous casse le moral et brise nos ambitions), se reconnaitre de la valeur, …
Il existe un devoir de solidarité dans ce chemin vers l’estime. Nous avons le rôle important d’être pour les autres un miroir de leur valeur (en reconnaissant de la valeur à un autre, je m’en reconnais à moi). L’estime de soi passe par l’estime des autres.
Puis assez-vite un autre sentiment fait place: la femme serait très mal lotie en matière de confiance en soi : une pression et des attentes plus grandes. Le mot iconoclaste est même lâché (j’avoue alors avoir ENFIN cherché son sens et je n’ai pas tout compris de ce que j’ai lu). Et ce n’est pas le peu de réactions suite à ma bouteille  à la mer pour demander aux hommes s’ils se sentaient vaguement concernés qui va faire changer les avis : peut être la faute à la champions league?

Mais on la veut cette estime de soi, sinon on ne s’y intéresserait pas.  Alors comment y parvenir?
Personnellement, je ne me reconnais à ma juste valeur que 11 mois sur 12 (je cumule en un mois le temps perdu à douter de moi et de mes capacités). Je ne sais plus comment je suis parvenue à ce résultat que j’estime être une bonne moyenne. Une chose est sûre, il y a des hauts, il y a des bas. C’est comme ça!
Pas de méthode éprouvée à ma connaissance donc je suis preneuse si quelqu’un en a et je suis d’avis avec certaines que l’âge joue pour beaucoup. A plus de 25 ans, on est plus droit dans ses bottes et plus assuré pour s’assumer. C’est l’aboutissement d’un process d’apprentissage de soi qui commence dès l’enfance (évitons de « casser » les enfants!!!)
Sinon, il reste toujours le très célèbre « Fake it until you make it ». 

Donc pas de solution miracle mais quelques pistes glanées ça et là :
1. Se connaitre.
Prendre le temps de faire sa connaissance et d’apprécier la personne qu’on est réellement. Parce qu’il est difficile d’apprécier ce que l’on ne connait pas. Tu vois l’enfant qui dit non à toute nouveauté que tu essaies de lui faire ingérer ? Tu lui dis quoi à cet enfant ? Tu vois ?
2. Conquérir « son monde » par étapes.
Faut pas se fixer de parler devant 200 personnes si on n’ose pas demander son chemin dans la rue. Même pour manger un éléphant, il faut bien commencer par un bout. Se fixer des objectifs raisonnables et pas trop décourageants du premier coup sinon après on ne fait rien.
3. Apprendre à dire NON.
Un non à l’autre mais un Oui à soi. Arrêtons de vouloir plaire à tout prix. Dire non à l’à peu près et à ce qu’on ne veut pas (pas comme ELLE), avant de dire oui, parce qu’on a pas envie, sans devoir se justifier. Crie le avec moi: NOOOOOOON.
4. Eviter de rétropédaler
*Flash niouzz* ça ne sert à rien de repenser encore et encore à ces moments où on n’a pas été à la hauteur. La leçon, tu la tires une fois et tu avances. Point. Te flagelles pas chaque matin pour un truc que tu as fais une fois.
5. Ne jamais louper une occasion de dire du bien de quelqu’un à quelqu’un.
Tu ne peux jamais savoir ce que les gens traversent, donc n’hésite jamais quand tu as une pensée positive à la leur partager. Le pouvoir de la parole. Tu peux libérer des gens de quelque chose dont tu n’as même pas idée.
Pour l’anecdote, il y a 10 ans, quelqu’un m’a dit que j’avais un beau sourire et que je n’avais pas à le cacher quand je riais (je me rendais pas forcément compte du réflexe que j’avais de mettre la main devant la bouche pour cacher ma brêche). C’était il y a 10 ans. Je m’en souviens toujours.

Quand la #RDVBAM a mis les thèmes en jeu pour le mois d’avril, j’ai espéré secrètement que celui-ci remporte le plus de suffrages.
La #RDVBAM c’est un groupe qui réunit des blogueurs afros et métissés et le challenge mensuel consiste en la production d’un article sur un sujet élu au suffrage universel direct.

Je vous invite à lire ce que les autres membres ont fait sur le sujet :
17690134_10212527856060564_2102550085_n

Le Carnet de Cerise : http://lecarnetdecerise.com/
Afrolyne : http://www.afrolyne.com/2017/04/rdvbam-l-estime-de-soi.html
Beauty By Vany : https://beautybyvany.wordpress.com
HSE – CI : http://hse-ci.com/
Chick-N-Fro : http://chicknfro.blogspot.fr/
Curly Cinnamon : https://curlycinnamon.com/
Trndy Shades : https://trndyshades.com/
Cendrine Small : http://cendrinesmall.blogspot.fr/
Showroom de Keishana : http://showroomdekeishana.com/
The World of Amazone : https://amazoneworld.me/
That’s so Mouss : https://thatsomouss.blog/
Tittybeauty : https://www.youtube.com/channel/UCWsr44cmrGKy8n-svUfekdw

Humeurs – Estime de soi

Elle et Lui

Il ne sera jamais à moi.

Plantée devant mon miroir, je me répète inlassablement ces mots. Ils finissent par ne plus avoir de sens mais je continue quand même. Répéter un certain nombre de fois, tout mot se vide peu à peu de substance pour ne plus être qu’un amas un peu pâteux dont la bouche ne sait pas trop quoi faire. Je ne sais pas si il existe un nom pour ce phénomène. Je ne suis même pas sûre qu’il s’agisse d’un phénomène.
Plantée devant mon miroir, je réalise brutalement qu’il est recouvert d’une épaisse pellicule de poussière. Depuis combien de temps l’ai je nettoyé? c’est quand la dernière fois que je m’y suis regardée? Un rapide coup d’œil circulaire me permet de constater que le reste de mon studio n’est pas mieux logé. Il serait temps de faire un grand ménage.

Il ne sera jamais à moi.

Je n’essaie pas de m’en convaincre parce que je le sais.
Nul besoin d’avoir été à Harvard, MIT, HEC ou où sais-je encore pour savoir ça. Je n’ai rien contre vous Messieurs Dames qui sortez de ces instituts Ô combien prestigieux. En vrai je vous envie, c’est qu’il en faut du talent pour adopter ces airs pleins de suffisance.
Même si cette fois c’est un peu différent, comme si mon cerveau semble ne pas vouloir transmettre aux autres cellules de mon corps le message.
Ce n’est pas le moment de flancher. Ressaisis-toi.
Tu n’est pas très futée mais ça tu le sais. Épargnez donc moi votre pieuse pitié et vos mines attristées. Il n’est pas question d’autoflagellation. La terre s’autoflagelle t-elle en disant qu’elle est ronde? Je parle de faits. Ne dit-on pas que la vérité est dans les faits? ou quelque choses comme ça? Si on ne le dit pas, on devrait le dire selon moi. LES FAITS, rien que les faits.
C’est un fait que je ne suis pas futée. J’ai depuis longtemps appris à vivre avec.
J’ai d’abord commencé par penser que ma mère viendrait me récupérer dans cette maison où elle m’avait emmené pour une semaine de dépaysement. Il fallait être moi pour imaginer qu’elle reviendrait. Elle avait empaqueté toutes mes affaires, même celles pour l’école. Pour 7 jours de vacances au grand air, mais je n’avais pas cillé, je m’étais accroché à ces mots. J’y avais cru. Dites-moi, fait-on plus sotte?
Dois-je vraiment rajouter que je ne l’ai plus revu? Son apparition il y a deux ans pour me tirer en douce toute ma liquidité ne compte pas. Ma mère s’en est allée sans se retourner il y a 18 ans. Si elle, ma mère, ne m’avait pas jugé digne de revenir, qui d’autre reviendrait ?

Alors, je m’attache exprès à la « mauvaise » personne. Je la choisis au seul critère de son indisponibilité.
Puis, je reste et j’attends.
J’attends ce jour fatidique où sa conscience – ses remords – son âge – ses rêves, un par un ou tous à la fois, sans crier gare, le rattraperont. Ce jour où elle s’en ira.
Aucune exception ne viendra confirmer cette règle. Ils partent tous.
Peu m’importe, je serais moi aussi partie loin.
Vincent chasse Ulysse qui chassait à son tour Thierry qui avait lui-même chassé Stéphane.
Vous remarquez la première lettre? C’est que l’exercice devant ennuyeux, j’y ai rajouté un challenge : se suivre la première lettre de leurs prénoms. Pas de gâteau mais bel et bien une cerise.
Chasse mais ne remplace. Aucun espace laissé par l’un n’est plus jamais vraiment rempli par l’autre et je continue à porter les cicatrices de toutes ces relations, de ma mère jusqu’au prochain.

De lui, ce qui me manquera le plus, c’est certainement son rire.
C’est le rire le plus vibrant que je connaisse. Ce rire qui te donne envie de rire et te fait jusqu’à oublier que c’est de toi que l’on rit. Je ne l’entendrai plus. Voilà que je vire nostalgique.
Lui parti, je serais perdue quelque temps.
P.E.R.D.U.E
Se perd-t-on dans les endroits où l’on a l’habitude d’errer? Entre dépression et mélancolie, un espace-temps suspendu que j’aime à titiller.
Cela durera le temps qu’un autre passe. Un autre qui ne sera jamais à moi non plus.Il arrive que ce soit moi qui parte.
Histoire de feinter la vie, d’entretenir le suspens sinon au bout d’un moment elle s’endort. Ah ah ah… surprise ! Parce qu’il y’en a qui s’attachent et qui veulent tout quitter pour me rejoindre. Merci mais non merci.
Je tiens à mon vide. Sinon, comment je m’endors dans mes larmes en me disant que ma vie est un abîme sans fond et que je ferais mieux de rester terrer pour le restant de mes jours.

Ils ne seront jamais à moi et quelque part c’est bien mieux comme ça.

Elle et Lui

ELLE ET LUI

LUI

Je ne peux plus lui dire la vérité.
Enfin, je pourrais. Les mots justes seraient plutôt « je ne veux pas ». Physiquement, il n y aurait qu’à ouvrir ma bouche et prononcer les mots qu’il faudrait. Mais, non.
Et puis même si je voulais, par quel bout commencer?
Il y a encore un temps, cela aurait été possible.
Enfin, je crois. J’avoue ne plus bien savoir. Je n’ai jamais été très courageux et par dessus tout, je ne veux pas qu’elle parte.
Je vois d’ici tout ce qu’elle pourra dire quand elle l’apprendra. Oh ça va barder! Toutes ces injures qui n’ont jamais été à leur place dans sa bouche.
Alors je me cherche des excuses et je peaufine mes expressions.
J’ai besoin qu’elle continue de m’aimer.
Alors de mon côté, je continue. Je continue à lui dire qu’il n y a qu’elle et qu’il n’y aura jamais qu’elle. Cela aurait pu être vrai si je l’avais rencontré la première. Putain de vie. J’enlève cet anneau. Je m’oublie, je l’oublie.
Ca devient de plus en plus en difficile de jongler entre elles parce que le temps avançant, elle m’en demande plus. Ce plus que je ne pourrais jamais lui donner. J’ai déjà oui ailleurs il y a longtemps.
Elle et son air de ne pas y toucher.
La première fois, je ne lui avais pas prêté une réelle attention. J’avais faim et je sortais d’une réunion qui n’en finissait plus. La seconde fois, non plus. Puis, nous nous sommes revus, revus et encore revus. Beaucoup à cause d’elle. Elle est définitivement la plus audacieuse des deux.
Pourquoi dans ces moments là, je ne luis ai pas glissé entre deux tirades que j’étais marié. Je suis presque sûr qu’elle serait quand même restée. Elle était aussi accrochée que moi.
Je n’avais juste pas prévu que cela dure. Le plan était d’être de passage. Elle aurait dû rester une distraction. C’était ça le plan.
Elle s’est révélée fascinante, entêtante, envoûtante. Tout ce qu’elle avait une fois été.
Comment voulais-tu que je me résigne à la laisser partir? Je me suis retrouvé piégé.
Je ne sais pas comment ça va finir. Aussi hypocrite que cela puisse paraître, j’espère  sincèrement que personne ne souffrira.

Probabilité
Notion qui permet de quantifier le hasard. 

La probabilité d’un événement A, notée E, associe une valeur entre 0 et 1 que l’événement se réalise.
Lorsque E=1, l’événement  a « toutes les chances » de se réaliser. À l’inverse si E=0, l’événement a une chance nulle de se réaliser.

ELLE

Je l’ai vu.
Je ne la cherchais plus et je l’ai vu. Elle était là devant moi.
Nous étions loin de ce qui pouvait être une heure de pointe et j’aurais très bien pu prendre n’importe laquelle de ces foutues files. Pourtant, au moment de m’engager, une minute d’attente m’a paru une éternité et j’ai cherché la caisse la plus rapide.
Exit la maman avec son chariot rempli à ras bord, le monsieur et ses mille légumes (toutes les chances qu’il ait oublié d’en peser certains), je choisis de passer après cette fille avec rien sur le tapis devant elle.
Je ne l’ai pas reconnu immédiatement. Le nom par lequel la caissière l’avait appelé n’était pas celui que je connaissais. Elle avait 3 articles : 2 canettes d’une marque de bière que je ne connaissais pas et un paquet de chewing-gum. Elle s’était esclaffé quand la caissière lui avait premièrement annoncé un montant erroné. Elle avait une voix vibrante. Elle portait une robe que j’avais déjà vu en photo.
Ces photos qu’elle t’envoyait.
Quand j’ai appris pour elle, j’ai voulu la voir, la connaitre, l’étriper, comprendre.
Connaitre son visage et son nom n’était pas suffisant.
Je connaissais son lieu de travail. J’avais fait mes petites recherches. Alors, il m’arrivait de me convaincre d’avoir besoin de quelque chose pas très loin. Je m’y rendais tremblante et terrifiée; une peur irrationnelle qu’elle me reconnaisse.
Je n’ai pas toujours eu le courage de tourner mon regard dans ce qui aurait pu être sa direction. Les fois, où je l’avais eu, elle n’était pas là.
J’ai continué ce manège pendant un bon moment puis j’ai arrêté.
Et aujourd’hui, elle était là.
J’ai hésité à la confronter. Je crois avoir évité le ridicule. Elle m’a regardé, par deux fois. J’ai cru lire dans ces yeux une certaine interrogation.
Faut dire que je la dévisageais sans honte. Elle était belle. Elle était grande. Elle était elle. Je l’ai suivi du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse de mon champ de vision puis je suis rentrée le retrouver.
Je ne lui ai jamais dit que je savais. Je ne lui dirais jamais. Ni aujourd’hui, ni demain. Trop de conséquences qu’il faudrait tirer et pour lesquelles je n’ai pas la force. Je prie aussi fort que je peux en espérant qu’il se lassera.

ELLE ET LUI

ELLE ET LUI

J’avais 5 ans, il en avait 50.
Non, ce n’est pas ce que ça semble être.
C’était un accident.
Il n’avait pas prévu ma venue. Faut dire que quand votre femme a 48 ans, il y a des hypothèses que l’on ne forge plus.
Comprenez le, il avait d’autres projets mon père. Il réapprenait tout juste à penser à lui,  à s’occuper de lui, à vivre pour lui.
Mon père fait partie de cette génération qui s’est retenue de vivre une fois les enfants arrivés. Il avait vécu pour ses enfants et lorsque le dernier était parti pour ses études, il pensait en avoir fini.
Puis, je suis arrivée.
Je me souviens surtout du silence. A la question, comment était ton enfance ? Je répondais invariablement « silencieuse » et j’avais droit à ces regards mêlés d’interrogation et de pitié. J’ai arrêté d’être honnête pour commencer à répondre comme les autres : « heureuse ».
Pourtant, ce silence n’avait pas été oppressant.
Pour ma mère , j’étais un cadeau du ciel. La tête de mon père criait le contraire.
Papa n’était pas méchant. Il n’avait juste pas prévu de reprendre le chemin des couches.
Alors, il ne m’a pas calculé.
Je n’étais pas délaissée pour autant. J’avais tout le matériel nécessaire à ma bonne croissance et même un peu plus: un toit, de la nourriture, des vêtements, une nounou, des jouets. Pour le reste, je pouvais toujours courir.

J’avais 10 ans, il en avait 55.
Ma mère est partie loin. Loin là-bas, si loin, que l’on en revient jamais.
D’elle, je ne garde que peu de souvenirs. La rumeur veut que j’ai hérité de son regard. Avec le temps qui passe, ceux-ci s’estompent et j’ai beau m’y accrochée de toutes mes forces, son visage n’a plus dans ma mémoire que quelques traits grossiers, certainement empruntés à l’ensemble des personnages féminins rencontrés ça et là. Quand je me suis mis en quête d’une photo d’elle et que j’ai retourné la maisonnée, il était trop tard. Les déménagements successifs avaient eu raison de nos albums de famille.
Papa était un homme travailleur.
On peut dire qu’il avait pris très sérieusement tout ce qui c’était dit et écrit sur les vertus du travail : Travaillez, prenez de la peine, c’est le fond qui manque le moins! Le travail, après le travail, l’indépendance!
Papa travaillait beaucoup. Alors forcément, il n’avait plus de temps.
Quand ma mère est partie, Papa n’a pas continué à fêter mon anniversaire. A mon tour, je continue à passer cette journée sans fioriture d’aucune sorte. Une fois, j’avais organisé quelque chose. Ce fût horrible. Cette impression de le trahir. On ne m’y reprendra plus.
Papa consacrait tout son temps au travail.
Et moi, je voulais juste que quelqu’un fasse attention à moi.
C’est à peu près à cette époque que j’ai commencé à les intéresser.

J’avais 15 ans, il en avait 60.
Souvent, je me suis posé ces questions : les choses auraient-elles été différentes si j’avais été un garçon ? Dis Papa,  m’aurais tu porté sur tes genoux ? M’aurais tu pris dans tes bras? M’aurais tu appris à taper dans un ballon ? Aurais tu été fier ? 
Comme j’ai détesté l’adolescence et tous ces signes de féminité. Je leur en voulais de creuser encore plus ce fossé qui nous séparait.
Mais je n’y pouvais rien, alors j’ai fais avec.
Je n’étais pas méchante. Tout ce que je demandais, c’est que l’on fasse attention à moi.
Petit à petit, j’ai vu que toutes ces nouvelles courbes attiraient leur regard : Petits ou grands, libres ou occupés.
Alors, j’ai fait ma belle. Faire ma belle ici est un euphémisme pour Maman. Elle ne doit pas savoir.
On peut dire que j’en ai fait se retourner des têtes et brisé quelques cœurs au passage.
J’étais enfin vue et j’adorais cette sensation.
Je comptais pour quelqu’un, pour  beaucoup.
Alors, si en échange de tout ça, ils me réclamaient mon corps. Pfffiou, si ça pouvait leur faire plaisir.
Dans le lot, il y en avait un que j’aimais appréciais plus que les autres. Il me voulait pour lui tout seul. Mais je ne pouvais décemment pas tout miser sur un seul cheval. Les gens meurent – changent d’avis – vous quittent-se lassent et à la fin tu te retrouves seule. Il est finalement parti. Bien fait pour ta gueule.

J’avais 20 ans, il en avait 65.
Papa a commencé à être de plus en plus faible. Une connerie d’AVC l’avait surpris pendant qu’il conduisait. Il avait eu de la chance d’en être sorti vivant. Il était désormais réduit à se faire assister pour tous les gestes simples du quotidien : manger, se laver, s’habiller, …
Je ne suis pas pour autant retournée à la maison.
Je passais souvent lui rendre visite. Nous n’étions pas proches, mais c’était mon père!
Des visites courtes pendant lesquelles il ne savait pas quoi faire de moi. Je restais plantée là, muette comme une carpe, et ne trouvais jamais rien d’intéressant à lui raconter. Mes déboires peut-être ? Parce qu’il est certain que j’aurai eu besoin de conseils. Tous ces hommes, ces histoires, ces drames à ne plus savoir où donner de la tête.
Mais comment tu entames une conversation avec quelqu’un à qui tu n’as jamais rien dit? Notre truc, c’était le silence.
Pourtant, je n’ai pas cessé d’y aller.
Vers la fin, c’est devenu plus simple. Il avait perdu la vue et il murmurait le nom de Maman à intervalles réguliers.
Un jour , n’y tenant plus, je lui ai saisi la main et je ne l’ai plus lâché.
Cette main que j’avais arraché est devenue ma bouée. Elle m’aura transmis plus en ces trois mois qu’en 24 ans de vie.
C’est sûrement mon imagination, mais j’y lisais ses regrets, ses espoirs, ses doutes.
Papa était enfin là.

J’ai 25 ans, Papa n’est plus là.

ELLE ET LUI

Conversations

Elle : Tu viendras ?
Lui : …
Elle : Oui ou non. Ce n’est pas très compliqué. J’en ai marre de te poursuivre. Un mois que j’attends que tu te décides.
Lui : …
Elle : Faire autant de mystère pour une bête soirée entre amis?
Lui hausse les épaules.
Elle : Gamin.
Lui : Change de disque.
Elle : Quand tu changeras d’attitude !
Lui : A t’entendre, je ne fais rien de bien. On se demande bien ce que tu fiches encore avec moi.
Elle : Mon esprit de charité ?
Lui tire la langue.
Elle : Tu as peut être d’autres projets pour la soirée de la Saint Valentin ?
Lui : Il se pourrait bien.
Elle : C’est drôle pour toi de me provoquer ?
Lui : Te provoquer ? Tu penses vraiment que je n’ai que ça à penser ? ou pour madame je ne peux pas avoir d’autres projets, le sacro-saint-jour de la Saint Valentin que de rester avec tes amis, à écouter les mêmes histoires pas très drôles? Mais je m’en fous moi de cette fête à la con.
Elle : Mes amis ?
Lui : Oui.
Elle : J’ai toujours cru que tu les aimais bien. Ils t’apprécient tu sais.
Lui : Est-ce que tu essaies de me culpabiliser avec ce ton douceureux et un compliment gratis au passage ?
Elle : Et ça marche ?
Lui : Non.
Elle : Tu ne disais pas ça quand tu m’aimais.
Lui : Nous y voila ! Je me demandais à quel moment tu allais me la ressortir. Mais tu n’en  as pas marre ?
Elle : Pour être franche, si. Je suis fatiguée.
Lui : …
Elle : …
Lui : Je dois y aller.
Elle baisse les yeux.
Lui : Zyva, j’y viendrais à ta foutue soirée.
Elle : ooooh tu m’aiiiiiiimes.
Lui : Ne mets pas dans ma bouche des mots que que je n’ai pas prononcés.
Elle chantonne : Il est amoureux. Il est amoureux. Il est amoureux.
Lui : Je viens surtout pour la bouffe. Je me suis rappelé que tu t’affairais sur des verrines à l’avocat et tout le monde que jamais je ne dis non à de l’avocat.
Elle : je vais te décevoir mais ce n’est pas la saison des avocats, je m’étais emballée.
Lui : Tu aurais pu me mentir, me laisser y croire.
Elle : Je ne veux pas prendre de mauvaises habitudes.
Lui : Ce n’est pas ce que tu n’as jamais fait.
Elle : Pendant combien de temps encore, tous les sujets vont nous ramener à ça ?
Lui : Parce que pour toi, c’est facile peut être ?
Elle : Je n’en sais rien mais ça fait deux ans, merde ! Tu n’avais qu’à partir si c’était trop difficile de rester et passer l’éponge. Je suis fatiguée. Les mêmes mots. Tu veux vraiment que je rabâche les mêmes excuses? Elles n’ont plus de sens.
Lui : Ce n’est pas toi qui a été trompé.
Elle se lève.
Lui la suit du regard.
Elle détourne les yeux.
Lui soupire.
Elle : C’est la fin ?
Lui : Je ne sais pas. Ça semblait déjà fini les fois précédentes, et nous y revoilà encore.
Elle regarde par la fenêtre
Lui : Qu’est ce qu’on va devenir ?
Elle : Pourquoi tu ne pars pas ?
Lui se rassoit.
Elle : Pourquoi tu es resté?
Lui : Parce que tu m’as reproché d’être le coupable. Parce que le psychologue que tu paies bien trop cher a décrété que j’avais baissé les bras. Parce que tu m’as menacé de te jeter d’un pont piéton le jour où je partirai. Sais-tu seulement qu’il n’est pas très haut et que tu risquerais au pire de te casser une côte.
Parce que je t’aime banane.
Elle se jette dans bras.

Conversations

ELLE ET LUI

Je vous ai vu l’autre jour.
Plus par accident qu’autre chose.
Je n’ai pas pu me défiler.
Trop tard.
Donc voilà, je vous ai vu.
Ma journée était pourtant bien partie. Réveillée en douceur sur cette chanson qui me portait jour après jour, la météo annonçait du soleil et il y’avait tellement longtemps. Ce matin, ça avait suffit à me mettre d’excellente humeur.
J’avais eu la force de me sortir de mon lit avant midi, de prendre une douche (yeah!!) et d’enfiler quelque chose de pas trop informe.
Quand je suis arrivée dans le hall de l’immeuble, j’avais affronté mon reflet dans l’immense glace vers laquelle je ne me tournais plus, et je m’étais trouvée jolie.
C’était un beau début de matinée.
Alors, plutôt que de me limiter à l’unique raison de ma sortie, à savoir faire une razzia à la librairie du coin, je me suis aventurée plus loin. Un peu trop.
Je vous ai vu.
Tu avais l’air heureux. Elle avait l’air d’une pute.
Décidément, elle mourra comme elle est née. Pute un jour, pute toujours.
Elle était vulgaire mais vulgaire, comme à son habitude. Sa façon de parler, de se tenir, de marcher, de se vêtir, de respirer.
Je ne comprends toujours pas ce que tu peux bien lui trouver. Ah si, son porte-monnaie.
L’ironie de la vie. C’est elle qui a l’air d’une pute quand c’est toi qui es entretenu.
Je ne cherchais pas à te voir.
J’espère que tu ne m’as pas vu.
Je me suis engouffrée le plus vite possible dans la première boutique qui s’est présentée à moi.
Te voir était bien la dernière chose qu’il me fallait.
Bien que la moi complètement hystérique, qui suivait tes moindres mouvements et avait besoin de savoir tout ce que tu faisais n’existait plus, j’ai reçu un choc.
Ça avait été difficile de trouver une parade à mes envies de toi. Envie? Un mot trop beau pour exprimer ça. Le terme « poussées » conviendrait mieux. Comme une urticaire purulente, un eczéma chronique devant lequel il fallait employer les grands moyens pour s’en débarrasser.
Pas assez efficacement faut croire, puisqu’à cet instant, il a fallu que je sache. 
Que je remplisse ce vide que j’avais tant de fois fantasmé.
Il m’a fallu très peu de temps pour rattraper les deux ans qui nous séparaient. Les vieux réflexes.
Jusqu’ici, j’avais fui toutes les fois où ton nom avait été prononcé. J’avais réussi à ne pas entendre parler de toi, à faire semblant d’ignorer que tu vivais toujours à deux pas. Toute une logistique mise en place pour éviter que nos mondes ne se croisent.
Rentrer tôt.
Sortir tôt.
Prendre des chemins plus longs.
Eviter tous tes spots; ce qui revenait à me contraindre à aller dans tous ces lieux que je ne n’aimais pas. Parce que oui, nous avions les mêmes goûts. Ça nous avait rapprochés à l’époque.
J’avais fui et j’avais réussi. Je vivais dans mon monde, aseptisé, nettoyé de toi.
J’avais dû me séparer de toutes ces personnes qui insistaient à me demander comment j’allais malgré mes faux sourires. Certaines étaient proches, mais il me fallait croire en mon personnage et elles ne m’aidaient pas. Toujours à être là, à s’inquiéter de mon état, à me demander si j’avais mangé, à mettre encore et encore le doigt sur ma faiblesse.
Voilà que la réalité me rattrapait.
Il fallait bien que ça arrive un jour.
J’ai filé dans une cabine d’essayage, bien à l’abri des regards, avec un article trois fois trop grand pour moi, pris à l’arrache dans un rayon.
Je me suis assise à même le sol, les jambes en tailleur et les pages ont défilés.
Les joies des réseaux sociaux.
Vous étiez fiancés.
A cet instant, j’ai reçu un énorme seau d’eau glacée sur moi, sauf qu’à la place de l’eau, il y avait des épines. Beaucoup.
C’est marrant hein? Le mariage t’avait toujours dégoûté-répugné-effrayé au plus haut point. Tu m’avais même convaincu de sa haute inutilité.
Elle avait eu droit à la bague.
Peu importe qu’elle l’ait sûrement payée elle-même avec ces foutus millions, elle l’avait.
Demande partagée sur internet. Qu’avais donc tu fais de ta maxime du « vivons heureux, vivons cachés »?
Et puis le souvenir de toi qui me disait de ne pas m’inquiéter, qu’elle ne représentait rien, qu’elle pouvait bien s’agiter.
Car oui, à une époque, nous avions ri tous les deux de la demoiselle qui pensait qu’elle pouvait t’acheter.
J’ai attendu un peu plus de 30 minutes dans cette cabine. Je devais être sûre que vous seriez loin quand je me risquerai à sortir.
L’affluence était encore faible donc je ne fus pas dérangée. Dieu merci.
Puis je me suis élancée dehors et j’ai couru, couru de toutes mes forces, couru à en perdre haleine.
Je n’avais pas couru aussi intensément depuis mes années lycée. Ces courses pour ne pas perdre la face devant les autres élèves, où j’arrivais incontestablement dernière. Dernière mais je donnais tout. Je donne toujours tout.
J’ai dû battre un record personnel, parce qu’il m’a fallu moins d’une dizaine de minutes pour parcourir le trajet jusqu’à mon fort, ma tour, ma cachette.
Pourtant, une fois arrivée là, je ne suis plus rentrée.
J’avais couru pour mettre de la distance entre nous et c’est moi que j’avais rattrapée.
J’ai alors été prise d’un rire, et quel rire. Ils me regardaient tous!
Je vous ai vu l’autre jour et j’ai enfin pu tourner la page.

ELLE ET LUI

ELLE ET LUI

J’aimerais que ce ne soit qu’un au revoir.
Voilà, ce que j’aimerais.
Alors, je ferme les yeux et je me le répète encore et encore.
Cela ne peut être vrai. Cela ne peut être vrai.
J’aimerais également que la famine et la guerre cessent, que le réchauffement climatique soit loin derrière et pouvoir manger autant que je voudrais sans prendre un gramme.
Mais c’est comme pour tout dans la vie : il y a ce qu’on aimerait et la putain de réalité.
Il arrive que les deux coïncident.
Oui, il arrive.
Lorsque ces fois se produisent, je me suis toujours contentée de profiter  en évitant de me poser trop de questions. Savourer, par petites lampées, comme lorsque ton thé est un peu trop chaud.

Je te regarde quand le courage me prend.
Je dois avouer qu’il me prend de moins en moins souvent.
Je te regarde.
Je vois dans tes yeux qu’il n’en est rien.
Je voudrais lutter contre le courant.
Seigneur, donnes-moi la force. Seigneur, si Tu existes , donnes-moi la force. 
Ils font comment les saumons pour remonter tous ces cours d’eau à contre-courant. Ça m’arrangerait bien tout de suite d’être un saumon. En plus, j’aime le saumon. Béni soit l’inventeur du saumon. J’aurais été un saumon qui mange du saumon. SAUMONBALE. Ça ferait un titre de film génial ça. Un film d’horreur pour saumons.

Je détourne les yeux.
Je ne nous supporte plus.
Le temps qui passe, les horloges, les calendriers, tout m’insupporte. Le tintement de ma montre est devenu un supplice et je ne parviens pas à rationaliser. J’ai hurlé sur cette pauvre dame dans les transports en commun. Je parie qu’elle n’a toujours pas compris en quoi demander la date était déplacé.
J’ai honte.
Bientôt je n’aurai plus rien à te dire. Ce qui en soi n’avait jamais été grave. J’ai appris à apprécier le silence avec toi. Ne pas être obligé de parler, de dire, de faire. Pouvoir se taire et se plonger chacun dans ses occupations.
C’est différent, cette fois. Je suis à cours de sujets. Forcée de me taire.

C’est un adieu que tu veux? Vraiment?
Alors, tu l’auras!
Mais par la grande porte. Parce que non Monsieur, on ne se débarrasse pas de moi aussi facilement.
Je sors mais à ma façon. Théâtrale.
Alors quel meilleur endroit qu’une tribune ouverte?
C’est que… faut pas me chercher moi.
Maintenant, tu assumes.

Et puis merde, reste, je ne suis pas prête.

Je ne suis plus fâchée.
Tu pensais que je l’étais toujours hein? Avoue. En même temps, je peux comprendre. Les scènes que je fais. Mais c’est tout moi ça, tu devrais être habitué depuis le temps. Tout le temps, dans l’exagération.
Allez viens, j’efface tout.
La fois où tu as oublié mon anniversaire et que j’avais juré de ne plus te parler. Je t’avais attendu des heures et même la nuit tombée ne m’a pas fait cesser de croire que tu te manifesterais. J’EFFACE.
La fois où je t’ai demandé de m’aider à choisir entre deux sacs  et que tu avais répondu le premier sans justifier ton choix. J’EFFACE.
La fois où j’avais trouvé la photo de cette fille et que tu n’avais rien su bredouiller de concret et avais opté pour la diversion. J’EFFACE.

Tu vois, je tiens à toi.

J’imagine que ça doit compter un peu non.
En plus, tu as promis d’être là toujours. Tu as promis. Prends ça dans les dents tiens.
Fallait pas.
Alors, tu restes! Il en va de ta parole d’homme. Tu es un homme ou pas?
Oui, je sors l’artillerie lourde, c’est que ça suffit là.
Et ce n’est pas l’impossible que je te demande?
Réveille-toi.
Tu l’as déjà fait des milliers de fois, tu sais le faire. Allez…
29 multiplié par 365, ça fait bien 10 858. Donc siestes non incluses et Dieu m’est témoin que tu en prends des siestes, tu l’as fais a minima 10 858 fois.
Refais le encore aujourd’hui.

T’en vas pas, le ciel peut bien attendre.

ELLE ET LUI

Elle et Lui

*Bruit de carillon*
Bonsoir tout le monde, j’espère que vous passez une agréable soirée et que la nourriture est à votre goût. Voilà arrivée la partie la plus barbante de la soirée, celle où je vais vous obliger à garder le silence et à nous écouter nous raconter et d’autres nous raconter.
J’ai choisi pas forcément volontairement d’ouvrir les festivités.
Tourne la tête vers lui et souris.
Je sais que je peux être heureuse sans toi, mais je choisis de partager mon bonheur avec toi. Je sais que tu peux être heureux sans moi.
Ça peut paraître effrayant d’entendre ça comme premiers mots d’un discours de fiançailles. J’en ai conscience.
Mais je refuse de te mentir et tant pis s’ils ne sont pas contents.
Nous avons fait ce choix il y a longtemps, douloureux parfois, très douloureux plus rarement ; ce choix de nous dire toutes les vérités.
Ça sort comme ça sort.
Aussi bien celles réconfortantes de nos sentiments assurés que toutes les autres ; celles que l’on ne se dit pas en général.
J’aime les paillettes et les strass et cette fête est magnifique.
Merci maman !
Envoie un baiser en l’air. Lire la suite « Elle et Lui »

Elle et Lui

Taxis d’Abidjan – Les chauves-souris


Plateau. Samedi Matin.

Quand tu rentres chez toi un peu fatiguée par ta journée, il peut t’arriver d’oublier des choses plus ou moins importantes derrière. Ce samedi-là, c’était important, il fallait y retourner.

En y retournant donc, un spectacle étrange et inhabituel à mes yeux : un homme, vêtu normalement (ou presque) qui place des cônes de signalisation sur la chaussée. Vous savez, ces cônes oranges qu’on met en amont d’un danger pour signaler des travaux et/ou un accident. Sauf que là, il n’y avait rien. La route est droite et l’horizon dégagé. S’il y’avait un truc, je le verrais. Les cônes donc semblaient ici ne servir à rien.

Moi : (Dans ma tête) C’EST QUOI CE TRUC? (Je panique pour un rien, c’est à ça que vous me reconnaîtrez dans une foule)
Moi : (Au chauffeur) Euh… vous êtes sûr qu’on peut passer par là ? Ça a l’air bloqué hein
Lui : A cause de lui ? Ooor…il s’amuse. Faut même pas le regarder.
Moi : hmmmm… Chef tu es sûr? Y’a peut-être quelque chose… (On était au feu rouge, ça donne le temps de discutailler)
Lui : Ceux que tu vois là, ils veulent bloquer la route pour chasser les akpanis.
Moi : Héééé… Les gens mangent les akpani quoi? (Je fais souvent ma naïve, vous me reconnaîtrez à cela aussi)
Lui : Tu n’as jamais mangé?
Moi : Non! On mange ça où ?
Lui : Aaaaah. Y’a trop de coins. Non vraiment, tu rates quelque chose.
Moi : Chef, chef, chef, serre à droite, je vais au guichet et on continue.

On a pas continué. Si quelqu’un a des adresses?

Taxis d’Abidjan – Les chauves-souris