ELLE ET LUI

J’aimerais que ce ne soit qu’un au revoir.
Voilà, ce que j’aimerais.
Alors, je ferme les yeux et je me le répète encore et encore.
Cela ne peut être vrai. Cela ne peut être vrai.
J’aimerais également que la famine et la guerre cessent, que le réchauffement climatique soit loin derrière et pouvoir manger autant que je voudrais sans prendre un gramme.
Mais c’est comme pour tout dans la vie : il y a ce qu’on aimerait et la putain de réalité.
Il arrive que les deux coïncident.
Oui, il arrive.
Lorsque ces fois se produisent, je me suis toujours contentée de profiter  en évitant de me poser trop de questions. Savourer, par petites lampées, comme lorsque ton thé est un peu trop chaud.

Je te regarde quand le courage me prend.
Je dois avouer qu’il me prend de moins en moins souvent.
Je te regarde.
Je vois dans tes yeux qu’il n’en est rien.
Je voudrais lutter contre le courant.
Seigneur, donnes-moi la force. Seigneur, si Tu existes , donnes-moi la force. 
Ils font comment les saumons pour remonter tous ces cours d’eau à contre-courant. Ça m’arrangerait bien tout de suite d’être un saumon. En plus, j’aime le saumon. Béni soit l’inventeur du saumon. J’aurais été un saumon qui mange du saumon. SAUMONBALE. Ça ferait un titre de film génial ça. Un film d’horreur pour saumons.

Je détourne les yeux.
Je ne nous supporte plus.
Le temps qui passe, les horloges, les calendriers, tout m’insupporte. Le tintement de ma montre est devenu un supplice et je ne parviens pas à rationaliser. J’ai hurlé sur cette pauvre dame dans les transports en commun. Je parie qu’elle n’a toujours pas compris en quoi demander la date était déplacé.
J’ai honte.
Bientôt je n’aurai plus rien à te dire. Ce qui en soi n’avait jamais été grave. J’ai appris à apprécier le silence avec toi. Ne pas être obligé de parler, de dire, de faire. Pouvoir se taire et se plonger chacun dans ses occupations.
C’est différent, cette fois. Je suis à cours de sujets. Forcée de me taire.

C’est un adieu que tu veux? Vraiment?
Alors, tu l’auras!
Mais par la grande porte. Parce que non Monsieur, on ne se débarrasse pas de moi aussi facilement.
Je sors mais à ma façon. Théâtrale.
Alors quel meilleur endroit qu’une tribune ouverte?
C’est que… faut pas me chercher moi.
Maintenant, tu assumes.

Et puis merde, reste, je ne suis pas prête.

Je ne suis plus fâchée.
Tu pensais que je l’étais toujours hein? Avoue. En même temps, je peux comprendre. Les scènes que je fais. Mais c’est tout moi ça, tu devrais être habitué depuis le temps. Tout le temps, dans l’exagération.
Allez viens, j’efface tout.
La fois où tu as oublié mon anniversaire et que j’avais juré de ne plus te parler. Je t’avais attendu des heures et même la nuit tombée ne m’a pas fait cesser de croire que tu te manifesterais. J’EFFACE.
La fois où je t’ai demandé de m’aider à choisir entre deux sacs  et que tu avais répondu le premier sans justifier ton choix. J’EFFACE.
La fois où j’avais trouvé la photo de cette fille et que tu n’avais rien su bredouiller de concret et avais opté pour la diversion. J’EFFACE.

Tu vois, je tiens à toi.

J’imagine que ça doit compter un peu non.
En plus, tu as promis d’être là toujours. Tu as promis. Prends ça dans les dents tiens.
Fallait pas.
Alors, tu restes! Il en va de ta parole d’homme. Tu es un homme ou pas?
Oui, je sors l’artillerie lourde, c’est que ça suffit là.
Et ce n’est pas l’impossible que je te demande?
Réveille-toi.
Tu l’as déjà fait des milliers de fois, tu sais le faire. Allez…
29 multiplié par 365, ça fait bien 10 858. Donc siestes non incluses et Dieu m’est témoin que tu en prends des siestes, tu l’as fais a minima 10 858 fois.
Refais le encore aujourd’hui.

T’en vas pas, le ciel peut bien attendre.

ELLE ET LUI

Elle et Lui

*Bruit de carillon*
Bonsoir tout le monde, j’espère que vous passez une agréable soirée et que la nourriture est à votre goût. Voilà arrivée la partie la plus barbante de la soirée, celle où je vais vous obliger à garder le silence et à nous écouter nous raconter et d’autres nous raconter.
J’ai choisi pas forcément volontairement d’ouvrir les festivités.
Tourne la tête vers lui et souris.
Je sais que je peux être heureuse sans toi, mais je choisis de partager mon bonheur avec toi. Je sais que tu peux être heureux sans moi.
Ça peut paraître effrayant d’entendre ça comme premiers mots d’un discours de fiançailles. J’en ai conscience.
Mais je refuse de te mentir et tant pis s’ils ne sont pas contents.
Nous avons fait ce choix il y a longtemps, douloureux parfois, très douloureux plus rarement ; ce choix de nous dire toutes les vérités.
Ça sort comme ça sort.
Aussi bien celles réconfortantes de nos sentiments assurés que toutes les autres ; celles que l’on ne se dit pas en général.
J’aime les paillettes et les strass et cette fête est magnifique.
Merci maman !
Envoie un baiser en l’air. Lire la suite « Elle et Lui »

Elle et Lui

Taxis d’Abidjan – Les chauves-souris


Plateau. Samedi Matin.

Quand tu rentres chez toi un peu fatiguée par ta journée, il peut t’arriver d’oublier des choses plus ou moins importantes derrière. Ce samedi-là, c’était important, il fallait y retourner.

En y retournant donc, un spectacle étrange et inhabituel à mes yeux : un homme, vêtu normalement (ou presque) qui place des cônes de signalisation sur la chaussée. Vous savez, ces cônes oranges qu’on met en amont d’un danger pour signaler des travaux et/ou un accident. Sauf que là, il n’y avait rien. La route est droite et l’horizon dégagé. S’il y’avait un truc, je le verrais. Les cônes donc semblaient ici ne servir à rien.

Moi : (Dans ma tête) C’EST QUOI CE TRUC? (Je panique pour un rien, c’est à ça que vous me reconnaîtrez dans une foule)
Moi : (Au chauffeur) Euh… vous êtes sûr qu’on peut passer par là ? Ça a l’air bloqué hein
Lui : A cause de lui ? Ooor…il s’amuse. Faut même pas le regarder.
Moi : hmmmm… Chef tu es sûr? Y’a peut-être quelque chose… (On était au feu rouge, ça donne le temps de discutailler)
Lui : Ceux que tu vois là, ils veulent bloquer la route pour chasser les akpanis.
Moi : Héééé… Les gens mangent les akpani quoi? (Je fais souvent ma naïve, vous me reconnaîtrez à cela aussi)
Lui : Tu n’as jamais mangé?
Moi : Non! On mange ça où ?
Lui : Aaaaah. Y’a trop de coins. Non vraiment, tu rates quelque chose.
Moi : Chef, chef, chef, serre à droite, je vais au guichet et on continue.

On a pas continué. Si quelqu’un a des adresses?

Taxis d’Abidjan – Les chauves-souris

Elle et Lui

Je crois qu’il est marié.
En fait, j’en suis sûre.
J’en mettrais ma main à couper. Ce type est marié.
Je n’ai pas de preuve tangible, rien dans le style « j’étais à son mariage » ou « j’ai vu sa bague ». Ici, tout est affaire de résonance et tout chez lui résonne « Je suis marié ».
Comme une sorte d’annonce qui le suit et le précède, une bulle, une enveloppe qui devrait empêcher les méchantes filles dans mon genre de l’approcher. Il y’a un mot pour ça. L’Académie française avait vu que j‘en aurais besoin, mais là tout de suite, ce mot m’échappe.
Quand j‘étais plus jeune, je lisais beaucoup. Je lisais entre deux coups de pied aux fesses. Je lisais avant de m’endormir. Je lisais pendant que ma mère écumait.
Lire pour être ailleurs. Etre n’importe qui, tout le monde sauf moi et ça c’était de l’or. Changer de vie au gré des pages.
J’aimerai bien lire à nouveau. Lire la suite « Elle et Lui »

Elle et Lui

Conversations

Elle : On est obligé de l’enregistrer ?
Lui : Oui, j’y tiens. Sauf si ça te dérange. Ça te dérange ?
Elle : Disons que je ne suis très à l’aise avec l’idée d’être enregistrée et que mes erreurs passent à la postérité. En même temps, qui serait totalement confortable pendant qu’on le filme ?
Lui : Au pif, mais vraiment au pif. Je dirais les acteurs, les présentateurs télés, les Youtubeurs, je continue?
Elle : Tu m’avais compris. Sauf ceux dont c’est le métier d’être devant une caméra.
Lui : Fallait préciser. Allez, tout va bien se passer.
Elle : Pile le genre de formule qui met tout de suite  à l’aise.
Lui : Ne fais pas cette tête voyons. De toutes les façons, c’est pour ma collection personnelle, personne ne te va te juger.
Elle : Tu me jugeras.
Lui : Et tu connais déjà mon verdict j’en suis sûre, donc cesse de t’inquiéter.
Elle : Je rougis? je rougis? Enfin, si je n’avais pas cette teinte foncée, je rougirais? Faut pas me dire des choses comme ça.
Lui : Et il faut te dire des choses comment ?
Elle : Des choses pas trop gentilles, sinon après je m’attache.
Lui : Ah bon ?
Elle : Ben oui mon petit monsieur.
Lui : Tu es caméragénique.
Elle : Est-ce que … ce mot … existe ?
Lui : Exister ou pas…
Elle : Mais il existe ou  tu viens encore d’inventer comme à ton habitude? Google, google, faut que je sache. Je n’aime pas ne pas savoir, surtout que y’a moyen de savoir si on est prêt à sacrifier un peu de ses datas à autres choses qu’à Instagram.
Lui : Toi et Instagram !
Elle : Moi ? Tu veux dire nous. Je ne suis pas la seule accro.
Lui : Si.
Elle : Dit-il sans sourciller, alors qu’il y poste au moins une photo par jour. Laquelle photo a elle-même fait l’objet d’une sélection rigoureuse lors d’un casting serré entre photos qui paraîtraient toutes semblables à l’œil d’un novice. Photos elles-mêmes obtenues au prix de contorsions, d’attente, de clics et de repositionnements acharnés.
Lui : Tu ne serais pas en train d’exagérer un tout petit peu là
Elle : Non.
Lui : Et si on disait que je ne savais pas faire autrement que de me donner à fond dans tout ce je fais.
Elle : A fond dans tout? tout genre touuuut?
Lui : Toi !
Elle : Quoi? J’ai dis quoi ?
Lui : Le fait d’être filmée ne te gêne plus on dirait. Madame se lâche.
Elle : Madame s’est oubliée. Je suis timide.
Lui : C’est bien ce que je vois.
Elle : Attends, attends, on reprend tout. On rembobine.
Lui : Mais je n’ai jamais dit que c’était pour me déplaire. C’est joli ce que tu fais avec tes yeux quand tu es gênée.
Elle : Et si on changeait de sujet?
Lui : Non, j’aime bien parler de tes yeux et je n’en ai pas fini.
Elle : Pas moi.
Lui : C’est un peu pour ça que nous sommes là. Je veux te montrer ta beauté sous toutes ses facettes.
Elle : Tu recommences.
Lui : C’est mal ce que je dis ?
Elle : Pas en soi.
Lui : So ?
Elle : Rien. Laisse tomber.
Lui : Tu veux vraiment enfreindre une de nos règles. Parle-moi. Je t’écoute.
Elle : Si tu éteins la caméra.
Lui : Belle tentative. Mais non. Vas-y.
Elle : Le truc c’est que.. je peux le dire en anglais ?  I’m not confortable with myself, with my body, with my image, with all of this.
Lui : Depuis quand ?
Elle : Depuis, j’en sais rien moi.  Quand j’ai pris conscience de moi ou plutôt quand les autres en ont pris conscience et par autres, je parle des garçons. Est-ce que c’est la seule chose que j‘ai à offrir ? Merde, enfin. Donc voila,  je veux pas parler de mon phy-zi-keuh.
Lui : Tu es belle.
Elle : Tu n’as rien écou..
Lui : Tu es attachante.
Elle : On dit ça aux peluches non ? je ne sais pas trop comment le prendre.
Lui : Prends le bien. Tu es …
Elle :  Ça suffit pour aujourd’hui.
Lui : Tu chantes faux.
Elle : Ok.
Lui : Tu es saoule après deux coktails.
Elle : C’est pas un compliment ça, j‘en suis sûre.
Lui : Je n’ai jamais dit que c’était mon intention. Llast but not least tu prends vite la mouche.
Elle : Tu viens de t’évincer, tout seul, de la dégustation à l’aveugle des colas du monde entier.
Lui : Non.
Elle : Si.
Lui : Non.
Elle : Si !
Lui : Déjà, c’était mon idée.
Elle : Nanananananèreuh.
Lui : C’est très adulte et mature comme réaction.
Elle : En même temps, venant d’une mouche, tu t’attendais à quoi ?
Lui : Nooooon… tu n’es pas sérieuse. Je n’ai jamais dit que tu étais une mouche.
Elle : Si, tu l’as dis.
Lui : Si je rajoute que ta compréhension du français et de ses expressions est très approximative, de combien ça me rapproche de la sortie ?
Elle : Essaie pour voir.
Lui : Tu viens de le refaire, le truc avec tes yeux.
Elle : Ah bon ? Vas-y montre.
Lui : J’ai pas trop envie d’arrêter de filmer maintenant. Tu commences à te détendre, on pourrait s’y mettre sérieusement.
Elle : Silteuplaiiiiiiiiiiit… Alleuuuuuh…
Lui : C’est pas aujourd’hui que tu seras une star de Youtube hein ?
Elle : Et c’est peut-être pas plus mal, tiens.

Conversations

Taxis d’Abidjan – Le Va-et-vient

Légèrement endormie dans le taxi (c’est imprudent, ne le faites pas chez vous les enfants), je me laissais bercer par  l’allure de la voiture.
J’étais bien.
Une sonnerie est venue tout gâcher, celle du chauffeur.
Il décroche. Naturellement. Quoi d’autre ? Ici c’est Babi. Coucou Ophélie.
Par bribes et contrainte d’entendre, je note qu’il rassure quelqu’un à renforts de « j’arrive tout de suite ».
Il raccroche et lance pour lui-même : Ah, les femmes, elles sont toujours impatientes.
Puis, cette fois à mon attention : C’est quelqu’un à qui je donne des cours de conduite.
Moi : Ah (réponse de la meuf qui veut pas causer)
Lui : Elle va attendre un peu.  Je vous dépose d’abord et je fonce au quartier.
Moi : quel quartier ? (réponse de la meuf qui commence à être intéressée)
Lui : Port-Bouet.
Moi (dans ma tête) : Elle va attendre longtemps. On en route pour l’autre bout d’Abidjan.
Moi (à haute voix) : Vos cours de conduite, des femmes et des hommes qui se débrouillent le mieux ?
Lui : les hommes ! Les femmes, elles ont peur… ça me rappelle même d’ailleurs une de mes élèves. Paix à son âme. Une vraie peureuse. Un jour, elle a failli nous envoyer en brousse. Alors pour me venger, je lui ai demandé une fois arrivés sur un parking de s’entrainer à la marche arrière. Hors c’est un exercice fatiguant, surtout pour le cou, devoir regarder derrière et devant et derrière. Donc, je suis descendu et lui disait : Vas-viens, vas encore-viens,  vas-viens, vas-viens, vas-viens, …
Moi : …

Taxis d’Abidjan – Le Va-et-vient

Elle et Lui

Elles ne sont rien toutes ses larmes qu’elle verse quelque fois.
Les larmes, elles sèchent.
Elle a lu un jour que la haine, la colère, la déception et tout un florilège d’émotions négatives étaient des émotions temporaires. L’amour, lui, restait.

Elle se souvient d’avoir ri.

Au début, elle a crié sur tous les toits ces maladresses, ces impairs et ces fautes.
Après, elle a  cessé.
Elle a compris qu’elle ne partirai jamais.
Elle n’avait pas peur d’une vie sans lui
Elle ne voulait juste pas d’un bonheur sans lui.
Elle avait tenu certains discours par le passé : « Celui qui me fait ça … » « Les hommes y’en a des masses… »
Elle y avait cru.
Elle n’y crois plus.

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Elle et Lui

Taxi d’Abidjan – Les djihadistes

Le fameux soir où un camion a renversé son chargement au désormais fameux carrefour de Cap Nord,  je savais déjà qu’il me faudrait des plombes pour rallier la maison.
En conditions normales de température et de pression, les taxis détestent ma zone.
Mais là…
J’allais avec beaucoup de chance tomber sur un gaou ignorant tout du drame qui se déroulait plus loin.
Parenthèse.
Est ce une attitude malhonnête? Ceci est une réelle question.
Fin de la parenthèse.
J’ai eu mon gaou et je ne fus pas déçue.
Une vraie cacophonie.
Les chauffardeurs ivoiriens qui pratiquent déjà la magie noire à midi avaient enfin un VRAI prétexte.
Dès la Riviera golf, nous pénétrions au cœur des festivités.
Un gigantesque bourbier régi par la loi du plus fou.
Mon taxi n’était pas en reste, ce qui m’a bien aidée à arriver tôt.
Au niveau de Cap Nord, il avait l’intention de prendre le raccourci par Bonoumin sauf qu’il était impossible de tourner par le Carrefour de la Sainte Famille.
Sur ma gauche, un gbaka laissait là tous ses passagers désabusés.
C’est alors que le chauffeur a l’idée ingénieuse de passer par le parking de Cap Nord.
S’ensuit donc l’habituel contrôle. Boite à gants – coffre arrière.
Mon chauffeur. Mine serrée.
A peine ils ont refermé son coffre, qu’il leur balance: Vous là vous pouvez faire quoi si djihadiste vient même, « ken » même Etats Unis moyen pas la… Tchrrr

 

Taxi d’Abidjan – Les djihadistes

Elle et Lui

22 heures 15 minutes.

Une vibration.

Étouffe cette voix qui te rappelle qu’il ne pense à toi la nuit tombée.
Un message.
Une invitation sur le tard.
Comme souvent.
Fais semblant de ne pas remarquer qu’il ne t’a encore présenté à personne.
Ni ami, ni famille.
Trouve lui des excuses et dis-toi qu’avec le temps cela viendra.
Vite te rafraichir.
Eyeliner, escarpins et cette robe mise de côté au cas où.

Une vibration.

Il est devant chez toi.
Loin le temps où il daignait descendre de sa voiture.
Oublie qu’il ne reparle plus de tous vos projets du début.
Souris.
Fais l’impasse sur le fait qu’il te semble ailleurs.

ENTREE.

Son air grave. Son ton si sérieux.
Inspire.
Expire.

PLAT.

Acquiesce.
Surtout ne pleure pas.
Non, ne pleure pas.
Ne lui accorde pas cette faveur.
Il en va de ta survie.
Tu devrais lui répondre quelque chose.
Oui, nous restons amis. Oui, bien sûr.
Deux gorgées d’eau.
Contiens-toi.
Ta mère ne t’a donc rien appris.

DESSERT.

Évite de lui demander pourquoi il te ramène malgré tout chez lui.
Regarde le paysage qui défile au dehors.
La lune semble n’avoir jamais été aussi brillante.
Tout comme toi, elle aura sorti sa plus belle robe.
Agrippe-toi à ta bouée ton sac.
Un pied après l’autre, avance.
Convaincs-toi que tout va bien.
Répète toi que c’est normal.
N’oublie pas de sourire.
Laisse toi faire.
Ferme les yeux.
Amis. Oui, bien sûr.
Ses mains.
Son souffle.
Ses lèvres.
Son corps.
Amis. Oui.
Regarde, il s’est endormi.
Du repos du vainqueur.
Retourne-toi.
Maintenant et seulement maintenant, tu es autorisée à pleurer.
Pleure sur cette histoires qui ne rime à rien.
Pleure sur l’amour qu’il ne te rendra pas.
Pleure ta honte, pleure ta faiblesse.
Pleure en silence.
Pleure vite car déjà il se réveille.

Oui, Amis. Bien sûr.

Elle et Lui

Il veut

Il veut la maison, le jardin et la barrière.
Il attend impatiemment les soirées pépères passées à ne rien faire.
Il rêve de vacances en bord de mer et de baisers au coucher du soleil.
Il a déjà trouvé les prénoms de ses premiers nés.
Il sait qu’il ne rechignera pas à se lever à 3 heures du matin pour donner un coup de main.
Il sourit  à la pensée des réveils en fanfare et de la course qui s’en suivra pour ne pas être en retard.
Il a imaginé la première dent, le premier pas, le premier jour d’école.
Il pense parfois au jour où il dira oui.
Le scénario de sa demande est millimétré depuis un bout de temps maintenant.
Il veut rendre son père fier et sa mère rayonnante.
Il a décrit à ses amis les plus proches les qualités de sa future épouse.
Elle devra être douce et drôle.
Un peu cuisinière, beaucoup patiente, à la folie aimante.
Il l’imagine avec  un visage délicat.
Elle fera tourner quelques têtes par son charme mais n’en jouera pas.
Il veut la maison, le jardin et la barrière.
Il attend impatiemment les soirées pépères passées à ne rien faire.
Oui, il veut tout ça.
Juste pas avec toi.

Il veut