Elle et Lui – 7

Je crois qu’il est marié.
En fait, j’en suis sûre.
J’en mettrais ma main à couper. Ce type est marié.
Je n’ai pas de preuve tangible, rien dans le style « j’étais à son mariage » ou « j’ai vu sa bague ». Ici, tout est affaire de résonance et tout chez lui résonne « Je suis marié ».
Comme une sorte d’annonce qui le précède, une bulle qui l’entoure, une enveloppe protectrice qui devrait empêcher les méchantes filles dans mon genre de l’approcher. Il y’a un mot pour ça. L’Académie française avait vu que j‘en aurais besoin, mais là tout de suite, ce mot m’échappe.
Quand j’étais plus jeune, je lisais beaucoup. Je lisais entre deux coups de pied aux fesses. Je lisais avant de m’endormir. Je lisais pendant que ma mère écumait.
Lire pour être ailleurs. Etre n’importe qui, tout le monde sauf moi et ça c’était de l’or. Changer de vie au gré des pages.
J’aimerai bien lire à nouveau. Poursuivre la lecture « Elle et Lui – 7 »

Conversations

Elle : On est obligé de l’enregistrer ?
Lui : Oui, j’y tiens. Sauf si ça te dérange. Ça te dérange ?
Elle : Disons que je ne suis très à l’aise avec l’idée d’être enregistrée et que mes erreurs passent à la postérité. En même temps, qui serait totalement confortable pendant qu’on le filme ?
Lui : Au pif, mais vraiment au pif. Je dirais les acteurs, les présentateurs télés, les Youtubeurs, je continue?
Elle : Tu m’avais compris. Sauf ceux dont c’est le métier d’être devant une caméra.
Lui : Fallait préciser. Allez, tout va bien se passer.
Elle : Pile le genre de formule qui met tout de suite  à l’aise.
Lui : Ne fais pas cette tête voyons. De toutes les façons, c’est pour ma collection personnelle, personne ne te va te juger.
Elle : Tu me jugeras.
Lui : Et tu connais déjà mon verdict j’en suis sûre, donc cesse de t’inquiéter.
Elle : Je rougis? je rougis? Enfin, si je n’avais pas cette teinte foncée, je rougirais? Faut pas me dire des choses comme ça.
Lui : Et il faut te dire des choses comment ?
Elle : Des choses pas trop gentilles, sinon après je m’attache.
Lui : Ah bon ?
Elle : Ben oui mon petit monsieur.
Lui : Tu es caméragénique.
Elle : Est-ce que … ce mot … existe ?
Lui : Exister ou pas…
Elle : Mais il existe ou  tu viens encore d’inventer comme à ton habitude? Google, google, faut que je sache. Je n’aime pas ne pas savoir, surtout que y’a moyen de savoir si on est prêt à sacrifier un peu de ses datas à autres choses qu’à Instagram.
Lui : Toi et Instagram !
Elle : Moi ? Tu veux dire nous. Je ne suis pas la seule accro.
Lui : Si.
Elle : Dit-il sans sourciller, alors qu’il y poste au moins une photo par jour. Laquelle photo a elle-même fait l’objet d’une sélection rigoureuse lors d’un casting serré entre photos qui paraîtraient toutes semblables à l’œil d’un novice. Photos elles-mêmes obtenues au prix de contorsions, d’attente, de clics et de repositionnements acharnés.
Lui : Tu ne serais pas en train d’exagérer un tout petit peu là
Elle : Non.
Lui : Et si on disait que je ne savais pas faire autrement que de me donner à fond dans tout ce je fais.
Elle : A fond dans tout? tout genre touuuut?
Lui : Toi !
Elle : Quoi? J’ai dis quoi ?
Lui : Le fait d’être filmée ne te gêne plus on dirait. Madame se lâche.
Elle : Madame s’est oubliée. Je suis timide.
Lui : C’est bien ce que je vois.
Elle : Attends, attends, on reprend tout. On rembobine.
Lui : Mais je n’ai jamais dit que c’était pour me déplaire. C’est joli ce que tu fais avec tes yeux quand tu es gênée.
Elle : Et si on changeait de sujet?
Lui : Non, j’aime bien parler de tes yeux et je n’en ai pas fini.
Elle : Pas moi.
Lui : C’est un peu pour ça que nous sommes là. Je veux te montrer ta beauté sous toutes ses facettes.
Elle : Tu recommences.
Lui : C’est mal ce que je dis ?
Elle : Pas en soi.
Lui : So ?
Elle : Rien. Laisse tomber.
Lui : Tu veux vraiment enfreindre une de nos règles. Parle-moi. Je t’écoute.
Elle : Si tu éteins la caméra.
Lui : Belle tentative. Mais non. Vas-y.
Elle : Le truc c’est que.. je peux le dire en anglais ?  I’m not confortable with myself, with my body, with my image, with all of this.
Lui : Depuis quand ?
Elle : Depuis, j’en sais rien moi.  Quand j’ai pris conscience de moi ou plutôt quand les autres en ont pris conscience et par autres, je parle des garçons. Est-ce que c’est la seule chose que j‘ai à offrir ? Merde, enfin. Donc voila,  je veux pas parler de mon phy-zi-keuh.
Lui : Tu es belle.
Elle : Tu n’as rien écou..
Lui : Tu es attachante.
Elle : On dit ça aux peluches non ? je ne sais pas trop comment le prendre.
Lui : Prends le bien. Tu es …
Elle :  Ça suffit pour aujourd’hui.
Lui : Tu chantes faux.
Elle : Ok.
Lui : Tu es saoule après deux coktails.
Elle : C’est pas un compliment ça, j‘en suis sûre.
Lui : Je n’ai jamais dit que c’était mon intention. Llast but not least tu prends vite la mouche.
Elle : Tu viens de t’évincer, tout seul, de la dégustation à l’aveugle des colas du monde entier.
Lui : Non.
Elle : Si.
Lui : Non.
Elle : Si !
Lui : Déjà, c’était mon idée.
Elle : Nanananananèreuh.
Lui : C’est très adulte et mature comme réaction.
Elle : En même temps, venant d’une mouche, tu t’attendais à quoi ?
Lui : Nooooon… tu n’es pas sérieuse. Je n’ai jamais dit que tu étais une mouche.
Elle : Si, tu l’as dis.
Lui : Si je rajoute que ta compréhension du français et de ses expressions est très approximative, de combien ça me rapproche de la sortie ?
Elle : Essaie pour voir.
Lui : Tu viens de le refaire, le truc avec tes yeux.
Elle : Ah bon ? Vas-y montre.
Lui : J’ai pas trop envie d’arrêter de filmer maintenant. Tu commences à te détendre, on pourrait s’y mettre sérieusement.
Elle : Silteuplaiiiiiiiiiiit… Alleuuuuuh…
Lui : C’est pas aujourd’hui que tu seras une star de Youtube hein ?
Elle : Et c’est peut-être pas plus mal, tiens.