Elle et Lui – 11

J’avais 5 ans, il en avait 50.
Non, ce n’est pas ce que ça semble être.
C’était un accident.
Il n’avait pas prévu ma venue. Faut dire que quand votre femme a 48 ans, il y a des hypothèses que l’on ne forge plus.
Comprenez le, il avait d’autres projets mon père. Il réapprenait tout juste à penser à lui,  à s’occuper de lui, à vivre pour lui.
Mon père fait partie de cette génération qui s’est retenue de vivre une fois les enfants arrivés. Il avait vécu pour ses enfants et lorsque le dernier était parti pour ses études, il pensait en avoir fini.
Puis, je suis arrivée.
Je me souviens surtout du silence. A la question, comment était ton enfance ? Je répondais invariablement « silencieuse » et j’avais droit à ces regards mêlés d’interrogation et de pitié. J’ai arrêté d’être honnête pour commencer à répondre comme les autres : « heureuse ».
Pourtant, ce silence n’avait pas été oppressant.
Pour ma mère , j’étais un cadeau du ciel. La tête de mon père criait le contraire.
Papa n’était pas méchant. Il n’avait juste pas prévu de reprendre le chemin des couches.
Alors, il ne m’a pas calculé.
Je n’étais pas délaissée pour autant. J’avais tout le matériel nécessaire à ma bonne croissance et même un peu plus: un toit, de la nourriture, des vêtements, une nounou, des jouets. Pour le reste, je pouvais toujours courir.

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Conversations – 2

Elle : Tu viendras ?
Lui : …
Elle : Oui ou non. Ce n’est pas très compliqué. J’en ai marre de te poursuivre. Un mois que j’attends que tu te décides.
Lui : …
Elle : Faire autant de mystère pour une bête soirée entre amis?
Lui hausse les épaules.
Elle : Gamin.
Lui : Change de disque.
Elle : Quand tu changeras d’attitude !
Lui : A t’entendre, je ne fais rien de bien. On se demande bien ce que tu fiches encore avec moi.
Elle : Mon esprit de charité ?
Lui tire la langue.
Elle : Tu as peut être d’autres projets pour la soirée de la Saint Valentin ?
Lui : Il se pourrait bien.
Elle : C’est drôle pour toi de me provoquer ?
Lui : Te provoquer ? Tu penses vraiment que je n’ai que ça à penser ? ou pour madame je ne peux pas avoir d’autres projets, le sacro-saint-jour de la Saint Valentin que de rester avec tes amis, à écouter les mêmes histoires pas très drôles? Mais je m’en fous moi de cette fête à la con.
Elle : Mes amis ?
Lui : Oui.
Elle : J’ai toujours cru que tu les aimais bien. Ils t’apprécient tu sais.
Lui : Est-ce que tu essaies de me culpabiliser avec ce ton douceureux et un compliment gratis au passage ?
Elle : Et ça marche ?
Lui : Non.
Elle : Tu ne disais pas ça quand tu m’aimais.
Lui : Nous y voila ! Je me demandais à quel moment tu allais me la ressortir. Mais tu n’en  as pas marre ?
Elle : Pour être franche, si. Je suis fatiguée.
Lui : …
Elle : …
Lui : Je dois y aller.
Elle baisse les yeux.
Lui : Zyva, j’y viendrais à ta foutue soirée.
Elle : ooooh tu m’aiiiiiiimes.
Lui : Ne mets pas dans ma bouche des mots que que je n’ai pas prononcés.
Elle chantonne : Il est amoureux. Il est amoureux. Il est amoureux.
Lui : Je viens surtout pour la bouffe. Je me suis rappelé que tu t’affairais sur des verrines à l’avocat et tout le monde que jamais je ne dis non à de l’avocat.
Elle : je vais te décevoir mais ce n’est pas la saison des avocats, je m’étais emballée.
Lui : Tu aurais pu me mentir, me laisser y croire.
Elle : Je ne veux pas prendre de mauvaises habitudes.
Lui : Ce n’est pas ce que tu n’as jamais fait.
Elle : Pendant combien de temps encore, tous les sujets vont nous ramener à ça ?
Lui : Parce que pour toi, c’est facile peut être ?
Elle : Je n’en sais rien mais ça fait deux ans, merde ! Tu n’avais qu’à partir si c’était trop difficile de rester et passer l’éponge. Je suis fatiguée. Les mêmes mots. Tu veux vraiment que je rabâche les mêmes excuses? Elles n’ont plus de sens.
Lui : Ce n’est pas toi qui a été trompé.
Elle se lève.
Lui la suit du regard.
Elle détourne les yeux.
Lui soupire.
Elle : C’est la fin ?
Lui : Je ne sais pas. Ça semblait déjà fini les fois précédentes, et nous y revoilà encore.
Elle regarde par la fenêtre
Lui : Qu’est ce qu’on va devenir ?
Elle : Pourquoi tu ne pars pas ?
Lui se rassoit.
Elle : Pourquoi tu es resté?
Lui : Parce que tu m’as reproché d’être le coupable. Parce que le psychologue que tu paies bien trop cher a décrété que j’avais baissé les bras. Parce que tu m’as menacé de te jeter d’un pont piéton le jour où je partirai. Sais-tu seulement qu’il n’est pas très haut et que tu risquerais au pire de te casser une côte.
Parce que je t’aime banane.
Elle se jette dans bras.