Elle et Lui – 13

Il ne sera jamais à moi.

Plantée devant mon miroir, je me répète inlassablement ces mots. Ils finissent par ne plus avoir de sens mais je continue quand même. Répéter un certain nombre de fois, tout mot se vide peu à peu de substance pour ne plus être qu’un amas un peu pâteux dont la bouche ne sait pas trop quoi faire. Je ne sais pas si il existe un nom pour ce phénomène. Je ne suis même pas sûre qu’il s’agisse d’un phénomène.
Plantée devant mon miroir, je réalise brutalement qu’il est recouvert d’une épaisse pellicule de poussière. Depuis combien de temps l’ai je nettoyé? c’est quand la dernière fois que je m’y suis regardée? Un rapide coup d’œil circulaire me permet de constater que le reste de mon studio n’est pas mieux logé. Il serait temps de faire un grand ménage.

Il ne sera jamais à moi.

Je n’essaie pas de m’en convaincre parce que je le sais.
Nul besoin d’avoir été à Harvard, MIT, HEC ou où sais-je encore pour savoir ça. Je n’ai rien contre vous Messieurs Dames qui sortez de ces instituts Ô combien prestigieux. En vrai je vous envie, c’est qu’il en faut du talent pour adopter ces airs pleins de suffisance.
Même si cette fois c’est un peu différent, comme si mon cerveau semble ne pas vouloir transmettre aux autres cellules de mon corps le message.
Ce n’est pas le moment de flancher. Ressaisis-toi.
Tu n’est pas très futée mais ça tu le sais. Épargnez donc moi votre pieuse pitié et vos mines attristées. Il n’est pas question d’autoflagellation. La terre s’autoflagelle t-elle en disant qu’elle est ronde? Je parle de faits. Ne dit-on pas que la vérité est dans les faits? ou quelque choses comme ça? Si on ne le dit pas, on devrait le dire selon moi. LES FAITS, rien que les faits.


C’est un fait que je ne suis pas futée. J’ai depuis longtemps appris à vivre avec.
J’ai d’abord commencé par penser que ma mère viendrait me récupérer dans cette maison où elle m’avait emmené pour une semaine de dépaysement. Il fallait être moi pour imaginer qu’elle reviendrait. Elle avait empaqueté toutes mes affaires, même celles pour l’école. Pour 7 jours de vacances au grand air, mais je n’avais pas cillé, je m’étais accroché à ces mots. J’y avais cru. Dites-moi, fait-on plus sotte?
Dois-je vraiment rajouter que je ne l’ai plus revu? Son apparition il y a deux ans pour me tirer en douce toute ma liquidité ne compte pas. Ma mère s’en est allée sans se retourner il y a 18 ans. Si elle, ma mère, ne m’avait pas jugé digne de revenir, qui d’autre reviendrait ?

Alors, je m’attache exprès à la « mauvaise » personne. Je la choisis au seul critère de son indisponibilité.
Puis, je reste et j’attends.
J’attends ce jour fatidique où sa conscience – ses remords – son âge – ses rêves, un par un ou tous à la fois, sans crier gare, le rattraperont. Ce jour où elle s’en ira.
Aucune exception ne viendra confirmer cette règle. Ils partent tous.
Peu m’importe, je serais moi aussi partie loin.
Vincent chasse Ulysse qui chassait à son tour Thierry qui avait lui-même chassé Stéphane.
Vous remarquez la première lettre? C’est que l’exercice devant ennuyeux, j’y ai rajouté un challenge : se suivre la première lettre de leurs prénoms. Pas de gâteau mais bel et bien une cerise.
Chasse mais ne remplace. Aucun espace laissé par l’un n’est plus jamais vraiment rempli par l’autre et je continue à porter les cicatrices de toutes ces relations, de ma mère jusqu’au prochain.

De lui, ce qui me manquera le plus, c’est certainement son rire.
C’est le rire le plus vibrant que je connaisse. Ce rire qui te donne envie de rire et te fait jusqu’à oublier que c’est de toi que l’on rit. Je ne l’entendrai plus. Voilà que je vire nostalgique.
Lui parti, je serais perdue quelque temps.
P.E.R.D.U.E
Se perd-t-on dans les endroits où l’on a l’habitude d’errer? Entre dépression et mélancolie, un espace-temps suspendu que j’aime à titiller.
Cela durera le temps qu’un autre passe. Un autre qui ne sera jamais à moi non plus.Il arrive que ce soit moi qui parte.
Histoire de feinter la vie, d’entretenir le suspens sinon au bout d’un moment elle s’endort. Ah ah ah… surprise ! Parce qu’il y’en a qui s’attachent et qui veulent tout quitter pour me rejoindre. Merci mais non merci.
Je tiens à mon vide. Sinon, comment je m’endors dans mes larmes en me disant que ma vie est un abîme sans fond et que je ferais mieux de rester terrer pour le restant de mes jours.

Ils ne seront jamais à moi et quelque part c’est bien mieux comme ça.

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2 Replies to “Elle et Lui – 13”

    1. Je peux comprendre que ça puisse perdre.

      Moi même je m’y perds. Je poste mes premières versions quitte à ce qu’elles ne soient pas parfaites et je les corrige au fil de mes relectures et des différents retours que je peux avoir.

      Grâce à votre commentaire, je l’ai relu et modifié certains points.

      Merci 🙂

      Aimé par 1 personne

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