Elle et Lui – 15

Sur la table, trônait encore les restes d’un repas.
Une assiette et un verre sales qui se trouvaient dans la même position depuis un temps qu’elle ne saurait plus dire. Elle n’avait plus la force de déplacer les choses. D’ailleurs pourquoi les déplacerait-elle? L’évier dans la cuisine était plein à craquer et il était devenu impossible de s’y mouvoir à son aise. Un chaos qui avait maintenant attaqué le salon. A cela, s’ajoutait une puanteur qui vous saisissait au nez dès que vous vous en approchiez, pour ensuite s’accrocher à vos vêtements et vous poursuivre jusque dans vos rêves.
Il fallait quand même qu’elle trouve une solution.
Elle avait compté et recompté les assiettes et verres jetables, restes de son fiasco d’anniversaire et elle savait qu’elle ne pourrait pas tenir longtemps. Il y avait au total 18 assiettes et 12 verres. Les verres n’étaient pas le plus important, elle pouvait s’en passer et faire à l’ancienne. Mais pour les assiettes, c’était un peu plus compliqué. L’idée lui a traversé l’esprit de se servir des feuilles de ses innombrables magazines dont aucun n’avait tenu ses promesses.
Et puis, zut.
Elle allait devoir sortir.
Elle n’allait quand même pas se terrer indéfiniment. Elle n’était sûrement pas la première à ressentir un tel chagrin et même si elle l’était, elle était fière d’être une pionnière.
Elle lui avait cherché des excuses. Elle n’avait rien trouvé.
Elle lui avait demandé des explications. Il n’avait pas daigné réagir.
Rien.
Pas un mot d’excuse.
Pas un mot tout court.
Elle était pourtant prête à lui pardonner mais pour cela il fallait qu’il fasse un effort. Un minuscule effort qu’elle emphaserait avec tout ce qu’elle avait d’imagination pour ses amies qui avaient été présentes. Elle devait sauver la face. Mais avec rien, qu’est ce qu’elle pouvait bien faire?


Après lui avoir demandé de lui « fiche la paix » alors qu’elle ne faisait que lui proposer un cocktail, il avait embrayé sur le fait qu’elle « l’étouffait » et qu’il devait sortir « prendre un peu d’air« .
Il n’était là que depuis 5 minutes.
Elle n’avait pas compris. D’ailleurs, personne n’avait compris.
Après son départ, ils avaient continué à faire la fête, mais le mal était fait. Dire qu’elle les avaient harcelé pour qu’ils soient présents et les introduire à l’homme qui partageait sa vie.
Elle ne savait plus si elle l’aimait. Elle ne s’était plus posé la question depuis un an qu’ils étaient ensemble. Maintenant elle se demandait même si elle ne l’avait jamais aimé? Si il l’avait jamais aimé?
Toujours pas de réponse.
Il ne fallait pas qu’il tarde à revenir. Elle pouvait encore lui pardonner. Elle pouvait oublier et faire comme si rien n’était jamais arrivé. Il ne fallait pas laisser le doute s’installer. Parce que ce doute, il vous flingue tout. Une tâche dans un verre d’eau. Une fois installé, il ne la quitterait plus et elle commencerait à se poser des questions, toutes ces questions qu’elle avait refoulé.
Pas de signe.
Les questions montaient. Non, il ne fallait pas. Il fallait tout stopper net.
Elle avait rapidement attrapé une veste et s’était jetée dehors de tout son être. A demi-protégée de ce froid qui n’était d’ailleurs pas de saison, toute son énergie servirait à la réchauffer. Son cerveau ne gaspillerait pas des calories pour nourrir une inquiétude qui n’avait pas sa place.
Elle avait erré sans destination précise avant d’être stoppé: une gêne au pied droit. Elle avait soulevé sa chaussure et remarqué qu’un petit caillou s’était sournoisement logé dans les motifs en relief de sa semelle. Elle n’arrivait pas à le déloger avec ses ongles. Elle s’était donc mise à la recherche de quelque chose qui pourrait l’y aider.
Elle regardait à la volée.
Elle regardait au hasard.
Elle ne connaissait pas ces lieux.
Elle était nouvelle dans cette ville où elle l’avait suivi et  n’avait jamais pris le temps de visiter les alentours. A peine 30 minutes de marche et elle se retrouvait en terre inconnue. Elle réfléchissait maintenant au moyen de déloger l’impertinent. Elle n’allait quand même pas faire le chemin retour à cloche-pied.
Elle aurait dû prendre son sac.
Son bric-à-brac comme il l’appelait. Il contenait toujours des choses improbables, elle y aurait certainement trouvé son bonheur. Elle en était là, cette après-midi, à pester contre elle-même quand cette voix trop familière l’a sorti de sa torpeur.
Il était là.
Il était vivant.
Il tenait un petit garçon par la main et une femme les suivait de près. La femme prononçait des mots qu’elle ne parvenait pas à entendre mais qui semblaient les plier de rire tous les trois. Il avait ouvert la portière. Cette femme s’était lentement installée sur le siège et il l’avait embrassé délicatement sur les lèvres.
Elle s’était enfuie en larmes, laissant derrière elle, une chaussure droite qui ne retrouverait jamais son chemin.

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