Elle et Lui – 17

– Alors ?

– …

– Fais pas ta mystérieuse. Vas-y, raconte!

– Je l’ai revu.

– Mais encore?

– Je l’ai revu et rien n’avait changé. Je parle pour moi. Lui, je ne sais pas. Je n’ai pas osé lui demander. Je me suis tue et j’ai souri. Il était lui. J’étais moi. Je n’ai pas immédiatement voulu mettre le nous sur la table.
Je suis arrivée en retard pour ne rien changer à mes habitudes, sauf que ce n’était pas vraiment de ma faute. L’enchaînement des transports ne m’avait tout simplement pas été favorable. J’étais sortie une heure et trente minutes plus tôt pour un trajet d’une heure et voilà. Mais quand tu as une réputation, rien de ce que tu pourrais dire ne pourrait te sauver.
J’avais même couru vers la fin avec l’espoir fou de rattraper le temps. Avant que la rame du métro ne marque l’arrêt, j’étais déjà aux portes, prête à démarrer. J’aurai dû attendre encore un peu, les correspondances à Montparnasse sont longues et j’ai bien failli y laisser mes poumons de fumeuse.
Je te donne cette vieille stratégie que j’aurai pu m’épargner hier : toujours arriver essoufflée, contrite et laisser son souffle court et sa mine défaite faire la moitié de l’excuse.
Je suis arrivée par le côté.
Il scrutait l’horizon. J’ai eu tout à coup peur. Un court instant, j’ai pensé envoyer un message et dire que je ne pourrais plus venir. J’ai aussi pensé me jeter dans ses bras. Je n’ai fait ni l’un ni l’autre. Je l’ai observé à la dérobée pour le fixer avant de me mettre dans son champ de vision. A chaque pas que je faisais, je rajeunissais d’une année. A deux pas de lui, j’avais désormais 21 ans.
Tu te souviens de cette question de Paulo Coehlo qui m’obsédait et que je ramenais sur le tapis à chaque discussion : « que regrette-on le plus? : les choses choses que l’on fait ou celles que l’on ne fait pas« . Le concernant, je sais. Je regrette de n’avoir rien dit quand il a dit non à cette dame qui proposait de nous prendre en photo.
On a traîné ça et là. Je l’ai trouvé tour à tour drôle, agaçant, agacé, beau, méchant, émouvant, perdu, rêveur, blessé, évasif, là, absent. Sans chichis. Real life baby. Il ne cherchait rien. J’étais presque moi. Je ne voulais pas l’effrayer. Je n’ai pas râlé une seule fois mais je n’ai pas bonne mémoire. Ma plus grande qualité et mon plus grand défaut.
On a marché jusqu’aux quais. On s’est un peu perdu avant de laisser le GPS nous guider. Puis, face à la Seine et ses péniches ça a semblé évident. Je l’avais forcé à ralentir et à s’asseoir et j’ai attendu.
« Et ta vie sentimentale? »
« Chaotique, désastreuse, est-ce-qu’il y a un truc qui cloche chez moi? j’attire les connards, … »
L’éventail des réponses que je lui devais était large mais j’ai choisi la plus facile « Je ne suis pas une gentille fille ».
Même si je suis presque sûre de l’avoir effrayé, il a eu la meilleure des réactions et pour ça je lui serais éternellement reconnaissante. Il m’a prise dans ses bras. Tout simplement. La sensation que j’ai éprouvée m’a rappelé la première fois où j’ai été embrassée. Le ciel tournait et ma tête avec elle. Cet instant fût pareil mais en mieux.
Il ne le saura jamais parce que je ne sais pas comment lui dire. Tous les mots me semblent gauches et une partie de moi a peur.
Je tombe sûrement dans le cliché mais je crois bien que cette journée m’a sauvée.

– …

– Tu ne dis rien?

– Tu veux l’épouser?

– Silly you.

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