La tresse ou pourquoi on a encore du chemin

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La tresse,  ça a été un « it-book ». Terme ringardisé que je remets au goût du jour parce que je ne vois pas comment le désigner autrement ? Tout le monde en a entendu parler. Impossible d’y échapper.

Et ceux qui en parlaient étaient unanimes. La tresse était géniale ! Toute cette unanimité a déclenché chez moi une réaction allergique. Je suis un peu bêbête parfois. Et puis avec toute la vague, j’avais aussi l’impression de l’avoir déjà lu.

J’avais saturé. Comme je sature en ce moment pour « brown skin girl » que je n’ai toujours pas écouté, ni aucune autre des chansons de l’album d’ailleurs.

Puis, je l’ai vu dans une marmite après une soirée passée avec Abidjan Lit et j’ai sauté dessus. J’étais surexcitée comme quand on revoit un ancien ami. Etait-ce à cause de la bonne ambiance de la soirée?  Était-ce parce que j’avais le ventre vide ? Etait-ce le jaune de la couverture ? Nous ne saurons jamais. Une chose est sûre, il fallait tout à coup que je le lise.

Comment dire que je l’ai adoré sans passer pour une vendue ?

Oooh je l’ai adoré. L’intensité, le rythme, les personnages, tout! Parce que j’ai beaucoup lu, j’ai deviné assez vite la fin, mais elle reste jolie.  Je pense à l’éventualité d’une suite et je crie encore !

Je l’ai emporté dans ma valise des vacances. Il faut savoir que ce n’est pas de la lecture légère. On y parle condition féminine et il y a de l’engagement, mais je n’ai pas regretté.

Quand ça été fini, j’aurais voulu qu’elles restent avec moi, qu’on se parle encore un peu de nos petits malheurs, de nos rêves, de nos grands bonheurs, main dans la main dans une ronde sans fin, qu’on rigole à la vie parce qu’elle peut être belle.

* Attention, ça va spoiler. Mais pas trop.*

La tresse, c’est le quotidien de 3 femmes sur 3 continents différents qui finit par s’emmêler.

J’ai pleuré cette chienne de vie, cette odeur qui me poursuivait jusque dans mon sommeil, cette misère que ma fille ne devait jamais vivre, ce mari résigné. Je me suis mise à genoux et j’ai demandé à Krishna la force pour partir.

Je suis tombée amoureuse dans les rues d’Italie. J’ai enlevé un turban et passé ma main dans des cheveux bruns bercée par le bruit de l’océan. J’ai pleuré mon père et défié ma mère.

J’ai caché ma maladie parce que la faiblesse n’était pas une option. J’ai pleuré cette fin amère et haï ces jeunes louves alors que j’en avais été une moi aussi. Et puis j’ai compris que l’essentiel était ailleurs.

Là,  j’ai réalisé que le combat continuait, que certains pays étaient loin en arrière, qu’être une femme ça pouvait être dangereux, qu’on devait lutter pour sa voix (voie), …

Bref… je vous le recommande !

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Taxi d’Abidjan – Bonoua/Divo

KoneCranes Abidjan
Taxi cabs are painted in orange, and leave space for hand-painted messages, as here they claim ‘It’s God who is strong’ and ‘Thanks God’ (in French), in Abidjan, Ivory Coast, on November 4, 2010. Photo by Lucas Schifres/Pictobank

Je partais à la gare Treichville pour acheter du pain de baobab. J’avais deux options : le taxi ou le woro woro. J’avais tout mon temps.  J’ai pris la direction de la gare des woro woro. En arrivant à la gare, aucune voiture de disponible, mais une dame qui attend. Si elle n’avait pas été là, je ne serais pas restée. Mais elle était là, alors je décide d’attendre avec elle.

– Bonjour Madame !

– Bonjour ma fille.

– Vous attendez depuis longtemps ?

– Ils vont venir. Y’en a un qui finissait de charger quand j’arrivais.

– Merci. (Faudrait aussi que les clients se ramènent parce que juste nous deux c’est plutôt mal barré, on va dormir ici)

Elle reçoit un coup de fil où elle parle de Bassam, du fait qu’elle est en route. Je n’écoute pas. J’entends. Elle raccroche.

– J’ai quitté Faya et je pars à Bassam chez ma fille. Je vais dormir là pour demain aller à Bonoua pour me soigner.

– C’est compliqué hein. Il n’y a qu’un seul médecin dans toute la Côte d’ivoire pour ce que vous avez ?

– Le médecin qui s’occupe de moi est parti travailler là-bas, donc je l’ai suivi.

– Bonoua, c’est pas à côté de Faya hein.

– Moi-même, j’habite à Divo.

– Quoi ?

Je suis sûre que mes yeux ont dû s’écarquiller, mais j’ai réussi à rien dire de plus. J’apprends depuis peu à juste écouter sans donner mon avis. Parfois, j’y arrive. D’autres fois non.

– J’y vais deux fois par an.

– ça doit être un bon médecin.

– Oui. Oui. C’est lui qui a trouvé ce que j’avais, alors je ne veux pas en changer.

Elle n’avait pas l’air de trouver ça dingue de faire tout ce trajet pour une spécialité qu’elle pourrait trouver plus près. Peut-être qu’elle en profitait pour voir ses enfants. Peut-être que c’était son moyen de quitter sa routine. Peut-être qu’elle avait tout son temps.