Elle et Lui – 12

LUI

Je ne peux plus lui dire la vérité.
Enfin, je pourrais. Les mots justes seraient plutôt « je ne veux pas ». Physiquement, il n y aurait qu’à ouvrir ma bouche et prononcer les mots qu’il faudrait. Mais, non.
Et puis même si je voulais, par quel bout commencer?
Il y a encore un temps, cela aurait été possible.
Enfin, je crois. J’avoue ne plus bien savoir. Je n’ai jamais été très courageux et par dessus tout, je ne veux pas qu’elle parte.
Je vois d’ici tout ce qu’elle pourra dire quand elle l’apprendra. Oh ça va barder! Toutes ces injures qui n’ont jamais été à leur place dans sa bouche.
Alors je me cherche des excuses et je peaufine mes expressions.
J’ai besoin qu’elle continue de m’aimer.
Alors de mon côté, je continue. Je continue à lui dire qu’il n y a qu’elle et qu’il n’y aura jamais qu’elle. Cela aurait pu être vrai si je l’avais rencontré la première. Putain de vie. J’enlève cet anneau. Je m’oublie, je l’oublie.
Ca devient de plus en plus en difficile de jongler entre elles parce que le temps avançant, elle m’en demande plus. Ce plus que je ne pourrais jamais lui donner. J’ai déjà oui ailleurs il y a longtemps.
Elle et son air de ne pas y toucher.
La première fois, je ne lui avais pas prêté une réelle attention. J’avais faim et je sortais d’une réunion qui n’en finissait plus. La seconde fois, non plus. Puis, nous nous sommes revus, revus et encore revus. Beaucoup à cause d’elle. Elle est définitivement la plus audacieuse des deux.
Pourquoi dans ces moments là, je ne luis ai pas glissé entre deux tirades que j’étais marié. Je suis presque sûr qu’elle serait quand même restée. Elle était aussi accrochée que moi.
Je n’avais juste pas prévu que cela dure. Le plan était d’être de passage. Elle aurait dû rester une distraction. C’était ça le plan.
Elle s’est révélée fascinante, entêtante, envoûtante. Tout ce qu’elle avait une fois été.
Comment voulais-tu que je me résigne à la laisser partir? Je me suis retrouvé piégé.
Je ne sais pas comment ça va finir. Aussi hypocrite que cela puisse paraître, j’espère  sincèrement que personne ne souffrira.

Probabilité
Notion qui permet de quantifier le hasard. 

La probabilité d’un événement A, notée E, associe une valeur entre 0 et 1 que l’événement se réalise.
Lorsque E=1, l’événement  a « toutes les chances » de se réaliser. À l’inverse si E=0, l’événement a une chance nulle de se réaliser.

ELLE

Je l’ai vu.
Je ne la cherchais plus et je l’ai vu. Elle était là devant moi.
Nous étions loin de ce qui pouvait être une heure de pointe et j’aurais très bien pu prendre n’importe laquelle de ces foutues files. Pourtant, au moment de m’engager, une minute d’attente m’a paru une éternité et j’ai cherché la caisse la plus rapide.
Exit la maman avec son chariot rempli à ras bord, le monsieur et ses mille légumes (toutes les chances qu’il ait oublié d’en peser certains), je choisis de passer après cette fille avec rien sur le tapis devant elle.
Je ne l’ai pas reconnu immédiatement. Le nom par lequel la caissière l’avait appelé n’était pas celui que je connaissais. Elle avait 3 articles : 2 canettes d’une marque de bière que je ne connaissais pas et un paquet de chewing-gum. Elle s’était esclaffé quand la caissière lui avait premièrement annoncé un montant erroné. Elle avait une voix vibrante. Elle portait une robe que j’avais déjà vu en photo.
Ces photos qu’elle t’envoyait.
Quand j’ai appris pour elle, j’ai voulu la voir, la connaitre, l’étriper, comprendre.
Connaitre son visage et son nom n’était pas suffisant.
Je connaissais son lieu de travail. J’avais fait mes petites recherches. Alors, il m’arrivait de me convaincre d’avoir besoin de quelque chose pas très loin. Je m’y rendais tremblante et terrifiée; une peur irrationnelle qu’elle me reconnaisse.
Je n’ai pas toujours eu le courage de tourner mon regard dans ce qui aurait pu être sa direction. Les fois, où je l’avais eu, elle n’était pas là.
J’ai continué ce manège pendant un bon moment puis j’ai arrêté.
Et aujourd’hui, elle était là.
J’ai hésité à la confronter. Je crois avoir évité le ridicule. Elle m’a regardé, par deux fois. J’ai cru lire dans ces yeux une certaine interrogation.
Faut dire que je la dévisageais sans honte. Elle était belle. Elle était grande. Elle était elle. Je l’ai suivi du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse de mon champ de vision puis je suis rentrée te retrouver.
Je ne t’ai jamais dit que je savais. Je ne te le dirais jamais. Ni aujourd’hui, ni demain. Trop de conséquences qu’il faudrait tirer et pour lesquelles je n’ai pas la force. Je prie aussi fort que je peux en espérant que tu te lassera.

Elle et Lui – 11

J’avais 5 ans, il en avait 50.
Non, ce n’est pas ce que ça semble être.
C’était un accident.
Il n’avait pas prévu ma venue. Faut dire que quand votre femme a 48 ans, il y a des hypothèses que l’on ne forge plus.
Comprenez le, il avait d’autres projets mon père. Il réapprenait tout juste à penser à lui,  à s’occuper de lui, à vivre pour lui.
Mon père fait partie de cette génération qui s’est retenue de vivre une fois les enfants arrivés. Il avait vécu pour ses enfants et lorsque le dernier était parti pour ses études, il pensait en avoir fini.
Puis, je suis arrivée.
Je me souviens surtout du silence. A la question, comment était ton enfance ? Je répondais invariablement « silencieuse » et j’avais droit à ces regards mêlés d’interrogation et de pitié. J’ai arrêté d’être honnête pour commencer à répondre comme les autres : « heureuse ».
Pourtant, ce silence n’avait pas été oppressant.
Pour ma mère , j’étais un cadeau du ciel. La tête de mon père criait le contraire.
Papa n’était pas méchant. Il n’avait juste pas prévu de reprendre le chemin des couches.
Alors, il ne m’a pas calculé.
Je n’étais pas délaissée pour autant. J’avais tout le matériel nécessaire à ma bonne croissance et même un peu plus: un toit, de la nourriture, des vêtements, une nounou, des jouets. Pour le reste, je pouvais toujours courir.

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Conversations – 2

Elle : Tu viendras ?
Lui : …
Elle : Oui ou non. Ce n’est pas très compliqué. J’en ai marre de te poursuivre. Un mois que j’attends que tu te décides.
Lui : …
Elle : Faire autant de mystère pour une bête soirée entre amis?
Lui hausse les épaules.
Elle : Gamin.
Lui : Change de disque.
Elle : Quand tu changeras d’attitude !
Lui : A t’entendre, je ne fais rien de bien. On se demande bien ce que tu fiches encore avec moi.
Elle : Mon esprit de charité ?
Lui tire la langue.
Elle : Tu as peut être d’autres projets pour la soirée de la Saint Valentin ?
Lui : Il se pourrait bien.
Elle : C’est drôle pour toi de me provoquer ?
Lui : Te provoquer ? Tu penses vraiment que je n’ai que ça à penser ? ou pour madame je ne peux pas avoir d’autres projets, le sacro-saint-jour de la Saint Valentin que de rester avec tes amis, à écouter les mêmes histoires pas très drôles? Mais je m’en fous moi de cette fête à la con.
Elle : Mes amis ?
Lui : Oui.
Elle : J’ai toujours cru que tu les aimais bien. Ils t’apprécient tu sais.
Lui : Est-ce que tu essaies de me culpabiliser avec ce ton douceureux et un compliment gratis au passage ?
Elle : Et ça marche ?
Lui : Non.
Elle : Tu ne disais pas ça quand tu m’aimais.
Lui : Nous y voila ! Je me demandais à quel moment tu allais me la ressortir. Mais tu n’en  as pas marre ?
Elle : Pour être franche, si. Je suis fatiguée.
Lui : …
Elle : …
Lui : Je dois y aller.
Elle baisse les yeux.
Lui : Zyva, j’y viendrais à ta foutue soirée.
Elle : ooooh tu m’aiiiiiiimes.
Lui : Ne mets pas dans ma bouche des mots que que je n’ai pas prononcés.
Elle chantonne : Il est amoureux. Il est amoureux. Il est amoureux.
Lui : Je viens surtout pour la bouffe. Je me suis rappelé que tu t’affairais sur des verrines à l’avocat et tout le monde que jamais je ne dis non à de l’avocat.
Elle : je vais te décevoir mais ce n’est pas la saison des avocats, je m’étais emballée.
Lui : Tu aurais pu me mentir, me laisser y croire.
Elle : Je ne veux pas prendre de mauvaises habitudes.
Lui : Ce n’est pas ce que tu n’as jamais fait.
Elle : Pendant combien de temps encore, tous les sujets vont nous ramener à ça ?
Lui : Parce que pour toi, c’est facile peut être ?
Elle : Je n’en sais rien mais ça fait deux ans, merde ! Tu n’avais qu’à partir si c’était trop difficile de rester et passer l’éponge. Je suis fatiguée. Les mêmes mots. Tu veux vraiment que je rabâche les mêmes excuses? Elles n’ont plus de sens.
Lui : Ce n’est pas toi qui a été trompé.
Elle se lève.
Lui la suit du regard.
Elle détourne les yeux.
Lui soupire.
Elle : C’est la fin ?
Lui : Je ne sais pas. Ça semblait déjà fini les fois précédentes, et nous y revoilà encore.
Elle regarde par la fenêtre
Lui : Qu’est ce qu’on va devenir ?
Elle : Pourquoi tu ne pars pas ?
Lui se rassoit.
Elle : Pourquoi tu es resté?
Lui : Parce que tu m’as reproché d’être le coupable. Parce que le psychologue que tu paies bien trop cher a décrété que j’avais baissé les bras. Parce que tu m’as menacé de te jeter d’un pont piéton le jour où je partirai. Sais-tu seulement qu’il n’est pas très haut et que tu risquerais au pire de te casser une côte.
Parce que je t’aime banane.
Elle se jette dans bras.

Elle et Lui – 10

Je vous ai vu l’autre jour.
Plus par accident qu’autre chose.
Je n’ai pas pu me défiler.
Trop tard.
Donc voilà, je vous ai vu.
Ma journée était pourtant bien partie. Réveillée en douceur sur cette chanson qui me portait jour après jour, la météo annonçait du soleil et il y’avait tellement longtemps. Ce matin, ça avait suffit à me mettre d’excellente humeur.
J’avais eu la force de me sortir de mon lit avant midi, de prendre une douche (yeah!!) et d’enfiler quelque chose de pas trop informe.
Quand je suis arrivée dans le hall de l’immeuble, j’avais affronté mon reflet dans l’immense glace vers laquelle je ne me tournais plus, et je m’étais trouvée jolie.
C’était un beau début de matinée.
Alors, plutôt que de me limiter à l’unique raison de ma sortie, à savoir faire une razzia à la librairie du coin, je me suis aventurée plus loin. Un peu trop.
Je vous ai vu.
Tu avais l’air heureux. Elle avait l’air d’une pute.
Décidément, elle mourra comme elle est née. Pute un jour, pute toujours.
Elle était vulgaire mais vulgaire, comme à son habitude. Sa façon de parler, de se tenir, de marcher, de se vêtir, de respirer.
Je ne comprends toujours pas ce que tu peux bien lui trouver. Ah si, son porte-monnaie.
L’ironie de la vie. C’est elle qui a l’air d’une pute quand c’est toi qui es entretenu.
Je ne cherchais pas à te voir.
J’espère que tu ne m’as pas vu.
Je me suis engouffrée le plus vite possible dans la première boutique qui s’est présentée à moi.
Te voir était bien la dernière chose qu’il me fallait.
Bien que la moi complètement hystérique, qui suivait tes moindres mouvements et avait besoin de savoir tout ce que tu faisais n’existait plus, j’ai reçu un choc.
Ça avait été difficile de trouver une parade à mes envies de toi. Envie? Un mot trop beau pour exprimer ça. Le terme « poussées » conviendrait mieux. Comme une urticaire purulente, un eczéma chronique devant lequel il fallait employer les grands moyens pour s’en débarrasser.
Pas assez efficacement faut croire, puisqu’à cet instant, il a fallu que je sache. 
Que je remplisse ce vide que j’avais tant de fois fantasmé.
Il m’a fallu très peu de temps pour rattraper les deux ans qui nous séparaient. Les vieux réflexes.
Jusqu’ici, j’avais fui toutes les fois où ton nom avait été prononcé. J’avais réussi à ne pas entendre parler de toi, à faire semblant d’ignorer que tu vivais toujours à deux pas. Toute une logistique mise en place pour éviter que nos mondes ne se croisent.
Rentrer tôt.
Sortir tôt.
Prendre des chemins plus longs.
Eviter tous tes spots; ce qui revenait à me contraindre à aller dans tous ces lieux que je ne n’aimais pas. Parce que oui, nous avions les mêmes goûts. Ça nous avait rapprochés à l’époque.
J’avais fui et j’avais réussi. Je vivais dans mon monde, aseptisé, nettoyé de toi.
J’avais dû me séparer de toutes ces personnes qui insistaient à me demander comment j’allais malgré mes faux sourires. Certaines étaient proches, mais il me fallait croire en mon personnage et elles ne m’aidaient pas. Toujours à être là, à s’inquiéter de mon état, à me demander si j’avais mangé, à mettre encore et encore le doigt sur ma faiblesse.
Voilà que la réalité me rattrapait.
Il fallait bien que ça arrive un jour.
J’ai filé dans une cabine d’essayage, bien à l’abri des regards, avec un article trois fois trop grand pour moi, pris à l’arrache dans un rayon.
Je me suis assise à même le sol, les jambes en tailleur et les pages ont défilés.
Les joies des réseaux sociaux.
Vous étiez fiancés.
A cet instant, j’ai reçu un énorme seau d’eau glacée sur moi, sauf qu’à la place de l’eau, il y avait des épines. Beaucoup.
C’est marrant hein? Le mariage t’avait toujours dégoûté-répugné-effrayé au plus haut point. Tu m’avais même convaincu de sa haute inutilité.
Elle avait eu droit à la bague.
Peu importe qu’elle l’ait sûrement payée elle-même avec ces foutus millions, elle l’avait.
Demande partagée sur internet. Qu’avais donc tu fais de ta maxime du « vivons heureux, vivons cachés »?
Et puis le souvenir de toi qui me disait de ne pas m’inquiéter, qu’elle ne représentait rien, qu’elle pouvait bien s’agiter.
Car oui, à une époque, nous avions ri tous les deux de la demoiselle qui pensait qu’elle pouvait t’acheter.
J’ai attendu un peu plus de 30 minutes dans cette cabine. Je devais être sûre que vous seriez loin quand je me risquerai à sortir.
L’affluence était encore faible donc je ne fus pas dérangée. Dieu merci.
Puis je me suis élancée dehors et j’ai couru, couru de toutes mes forces, couru à en perdre haleine.
Je n’avais pas couru aussi intensément depuis mes années lycée. Ces courses pour ne pas perdre la face devant les autres élèves, où j’arrivais incontestablement dernière. Dernière mais je donnais tout. Je donne toujours tout.
J’ai dû battre un record personnel, parce qu’il m’a fallu moins d’une dizaine de minutes pour parcourir le trajet jusqu’à mon fort, ma tour, ma cachette.
Pourtant, une fois arrivée là, je ne suis plus rentrée.
J’avais couru pour mettre de la distance entre nous et c’est moi que j’avais rattrapée.
J’ai alors été prise d’un rire, et quel rire. Ils me regardaient tous!
Je vous ai vu l’autre jour et j’ai enfin pu tourner la page.

Elle et Lui – 9

J’aimerais que ce ne soit qu’un au revoir.
Voilà, ce que j’aimerais.
Alors, je ferme les yeux et je me le répète encore et encore. Cela ne peut être vrai. Cela ne peut être vrai.
J’aimerais également que la famine et la guerre cessent, que le réchauffement climatique soit loin derrière et pouvoir manger autant que je voudrais sans prendre un gramme.
Mais c’est comme pour tout dans la vie : il y a ce qu’on aimerait et la putain de réalité.
Il arrive que les deux coïncident. Oui, il arrive.
Lorsque ces fois se produisent, je me suis toujours contentée de profiter  en évitant de me poser trop de questions. Savourer, par petites lampées, comme lorsque ton thé est un peu trop chaud.

Je te regarde quand le courage me prend.
Je dois avouer qu’il me prend de moins en moins souvent.
Je te regarde.
Je vois dans tes yeux qu’il n’en est rien.
Je voudrais lutter contre le courant.
Seigneur, donnes-moi la force. Seigneur, si Tu existes , donnes-moi la force. 
Ils font comment les saumons pour remonter tous ces cours d’eau à contre-courant. Ça m’arrangerait bien tout de suite d’être un saumon. En plus, j’aime le saumon. Béni soit l’inventeur du saumon. J’aurais été un saumon qui mange du saumon. SAUMONBALE. Ça ferait un titre de film génial ça. Un film d’horreur pour saumons.

Je détourne les yeux.
Je ne nous supporte plus.
Le temps qui passe, les horloges, les calendriers, tout m’insupporte. Le tintement de ma montre est devenu un supplice et je ne parviens pas à rationaliser. J’ai hurlé sur cette pauvre dame dans les transports en commun. Je parie qu’elle n’a toujours pas compris en quoi demander la date était déplacé.
J’ai honte.
Bientôt je n’aurai plus rien à te dire. Ce qui en soi n’avait jamais été grave. J’ai appris à apprécier le silence avec toi. Ne pas être obligé de parler, de dire, de faire. Pouvoir se taire et se plonger chacun dans ses occupations.
C’est différent, cette fois. Je suis à cours de sujets. Forcée de me taire.

C’est un adieu que tu veux? Vraiment? Alors, tu l’auras!
Mais par la grande porte. Parce que non Monsieur, on ne se débarrasse pas de moi aussi facilement. Je sors mais à ma façon. Théâtrale. Alors quel meilleur endroit qu’une tribune ouverte? C’est que… faut pas me chercher moi. Maintenant, tu assumes.

Et puis merde, reste, je ne suis pas prête.

Je ne suis plus fâchée.
Tu pensais que je l’étais toujours hein? Avoue. En même temps, je peux comprendre. Les scènes que je fais. Mais c’est tout moi ça, tu devrais être habitué depuis le temps. Tout le temps, dans l’exagération.
Allez viens, j’efface tout.
La fois où tu as oublié mon anniversaire et que j’avais juré de ne plus te parler. Je t’avais attendu des heures et même la nuit tombée ne m’a pas fait cesser de croire que tu te manifesterais. J’EFFACE.
La fois où je t’ai demandé de m’aider à choisir entre deux sacs  et que tu avais répondu le premier sans justifier ton choix. J’EFFACE.
La fois où j’avais trouvé la photo de cette fille et que tu n’avais rien su bredouiller de concret et avais opté pour la diversion. J’EFFACE.

Tu vois, je tiens à toi.

J’imagine que ça doit compter un peu non?
En plus, tu as promis d’être là toujours. Tu as promis. Prends ça dans les dents tiens.
Fallait pas.
Alors, tu restes! Il en va de ta parole d’homme. Tu es un homme ou pas?
Oui, je sors l’artillerie lourde, c’est que ça suffit là. Et ce n’est pas l’impossible que je te demande?
Réveille-toi. Tu l’as déjà fait des milliers de fois, tu sais le faire. Allez… 29 multiplié par 365, ça fait bien 10 858. Donc siestes non incluses et Dieu m’est témoin que tu en prends des siestes, tu l’as fais a minima 10 858 fois.
Refais le encore aujourd’hui.

T’en vas pas, le ciel peut bien attendre.

Elle et Lui – 8

*Bruit de carillon*
Bonsoir tout le monde, j’espère que vous passez une agréable soirée et que la nourriture est à votre goût. Voici arrivée la partie la plus barbante de la soirée, celle où je vais tous vous obliger à garder le silence et à nous écouter nous raconter et d’autres nous raconter.
J’ai choisi, pas forcément volontairement, d’ouvrir les festivités.

Tourne la tête vers lui et souris.

Je sais que je peux être heureuse sans toi, mais je choisis de partager mon bonheur avec toi. Je sais aussi que tu peux être heureux sans moi.
Ça peut paraître effrayant d’entendre ça comme premiers mots d’un discours de fiançailles. J’en ai conscience. Mais je refuse de te mentir et tant pis s’ils ne sont pas contents.
Nous avons fait ce choix il y a longtemps, douloureux parfois, très douloureux plus rarement ; ce choix de nous dire toutes les vérités. Ça sort comme ça sort comme dirait l’autre.
Les vérités réconfortantes de nos sentiments assurés et toutes les autres, celles que l’on ne se dit pas en général.

J’aime les paillettes et les strass et cette fête est magnifique.
Merci maman !
Envoie un baiser en l’air. Poursuivre la lecture « Elle et Lui – 8 »

Taxis d’Abidjan – Les chauves-souris


Plateau. Samedi Matin.

Quand tu rentres chez toi un peu fatiguée par ta journée, il peut t’arriver d’oublier des choses plus ou moins importantes derrière. Ce samedi-là, c’était important, il fallait y retourner.

En y retournant donc, un spectacle étrange et inhabituel à mes yeux : un homme, vêtu normalement (ou presque) qui place des cônes de signalisation sur la chaussée. Vous savez, ces cônes oranges qu’on met en amont d’un danger pour signaler des travaux et/ou un accident. Sauf que là, il n’y avait rien. La route est droite et l’horizon dégagé. S’il y’avait un truc, je le verrais. Les cônes donc semblaient ici ne servir à rien.

Moi : (Dans ma tête) C’EST QUOI CE TRUC? (Je panique pour un rien, c’est à ça que vous me reconnaîtrez dans une foule)
Moi : (Au chauffeur) Euh… vous êtes sûr qu’on peut passer par là ? Ça a l’air bloqué hein
Lui : A cause de lui ? Ooor…il s’amuse. Faut même pas le regarder.
Moi : hmmmm… Chef tu es sûr? Y’a peut-être quelque chose… (On était au feu rouge, ça donne le temps de discutailler)
Lui : Ceux que tu vois là, ils veulent bloquer la route pour chasser les akpanis.
Moi : Héééé… Les gens mangent les akpani quoi? (Je fais souvent ma naïve, vous me reconnaîtrez à cela aussi)
Lui : Tu n’as jamais mangé?
Moi : Non! On mange ça où ?
Lui : Aaaaah. Y’a trop de coins. Non vraiment, tu rates quelque chose.
Moi : Chef, chef, chef, serre à droite, je vais au guichet et on continue.

On a pas continué. Si quelqu’un a des adresses?

Elle et Lui – 7

Je crois qu’il est marié.
En fait, j’en suis sûre.
J’en mettrais ma main à couper. Ce type est marié.
Je n’ai pas de preuve tangible, rien dans le style « j’étais à son mariage » ou « j’ai vu sa bague ». Ici, tout est affaire de résonance et tout chez lui résonne « Je suis marié ».
Comme une sorte d’annonce qui le précède, une bulle qui l’entoure, une enveloppe protectrice qui devrait empêcher les méchantes filles dans mon genre de l’approcher. Il y’a un mot pour ça. L’Académie française avait vu que j‘en aurais besoin, mais là tout de suite, ce mot m’échappe.
Quand j’étais plus jeune, je lisais beaucoup. Je lisais entre deux coups de pied aux fesses. Je lisais avant de m’endormir. Je lisais pendant que ma mère écumait.
Lire pour être ailleurs. Etre n’importe qui, tout le monde sauf moi et ça c’était de l’or. Changer de vie au gré des pages.
J’aimerai bien lire à nouveau. Poursuivre la lecture « Elle et Lui – 7 »

Conversations

Elle : On est obligé de l’enregistrer ?
Lui : Oui, j’y tiens. Sauf si ça te dérange. Ça te dérange ?
Elle : Disons que je ne suis très à l’aise avec l’idée d’être enregistrée et que mes erreurs passent à la postérité. En même temps, qui serait totalement confortable pendant qu’on le filme ?
Lui : Au pif, mais vraiment au pif. Je dirais les acteurs, les présentateurs télés, les Youtubeurs, je continue?
Elle : Tu m’avais compris. Sauf ceux dont c’est le métier d’être devant une caméra.
Lui : Fallait préciser. Allez, tout va bien se passer.
Elle : Pile le genre de formule qui met tout de suite  à l’aise.
Lui : Ne fais pas cette tête voyons. De toutes les façons, c’est pour ma collection personnelle, personne ne te va te juger.
Elle : Tu me jugeras.
Lui : Et tu connais déjà mon verdict j’en suis sûre, donc cesse de t’inquiéter.
Elle : Je rougis? je rougis? Enfin, si je n’avais pas cette teinte foncée, je rougirais? Faut pas me dire des choses comme ça.
Lui : Et il faut te dire des choses comment ?
Elle : Des choses pas trop gentilles, sinon après je m’attache.
Lui : Ah bon ?
Elle : Ben oui mon petit monsieur.
Lui : Tu es caméragénique.
Elle : Est-ce que … ce mot … existe ?
Lui : Exister ou pas…
Elle : Mais il existe ou  tu viens encore d’inventer comme à ton habitude? Google, google, faut que je sache. Je n’aime pas ne pas savoir, surtout que y’a moyen de savoir si on est prêt à sacrifier un peu de ses datas à autres choses qu’à Instagram.
Lui : Toi et Instagram !
Elle : Moi ? Tu veux dire nous. Je ne suis pas la seule accro.
Lui : Si.
Elle : Dit-il sans sourciller, alors qu’il y poste au moins une photo par jour. Laquelle photo a elle-même fait l’objet d’une sélection rigoureuse lors d’un casting serré entre photos qui paraîtraient toutes semblables à l’œil d’un novice. Photos elles-mêmes obtenues au prix de contorsions, d’attente, de clics et de repositionnements acharnés.
Lui : Tu ne serais pas en train d’exagérer un tout petit peu là
Elle : Non.
Lui : Et si on disait que je ne savais pas faire autrement que de me donner à fond dans tout ce je fais.
Elle : A fond dans tout? tout genre touuuut?
Lui : Toi !
Elle : Quoi? J’ai dis quoi ?
Lui : Le fait d’être filmée ne te gêne plus on dirait. Madame se lâche.
Elle : Madame s’est oubliée. Je suis timide.
Lui : C’est bien ce que je vois.
Elle : Attends, attends, on reprend tout. On rembobine.
Lui : Mais je n’ai jamais dit que c’était pour me déplaire. C’est joli ce que tu fais avec tes yeux quand tu es gênée.
Elle : Et si on changeait de sujet?
Lui : Non, j’aime bien parler de tes yeux et je n’en ai pas fini.
Elle : Pas moi.
Lui : C’est un peu pour ça que nous sommes là. Je veux te montrer ta beauté sous toutes ses facettes.
Elle : Tu recommences.
Lui : C’est mal ce que je dis ?
Elle : Pas en soi.
Lui : So ?
Elle : Rien. Laisse tomber.
Lui : Tu veux vraiment enfreindre une de nos règles. Parle-moi. Je t’écoute.
Elle : Si tu éteins la caméra.
Lui : Belle tentative. Mais non. Vas-y.
Elle : Le truc c’est que.. je peux le dire en anglais ?  I’m not confortable with myself, with my body, with my image, with all of this.
Lui : Depuis quand ?
Elle : Depuis, j’en sais rien moi.  Quand j’ai pris conscience de moi ou plutôt quand les autres en ont pris conscience et par autres, je parle des garçons. Est-ce que c’est la seule chose que j‘ai à offrir ? Merde, enfin. Donc voila,  je veux pas parler de mon phy-zi-keuh.
Lui : Tu es belle.
Elle : Tu n’as rien écou..
Lui : Tu es attachante.
Elle : On dit ça aux peluches non ? je ne sais pas trop comment le prendre.
Lui : Prends le bien. Tu es …
Elle :  Ça suffit pour aujourd’hui.
Lui : Tu chantes faux.
Elle : Ok.
Lui : Tu es saoule après deux coktails.
Elle : C’est pas un compliment ça, j‘en suis sûre.
Lui : Je n’ai jamais dit que c’était mon intention. Llast but not least tu prends vite la mouche.
Elle : Tu viens de t’évincer, tout seul, de la dégustation à l’aveugle des colas du monde entier.
Lui : Non.
Elle : Si.
Lui : Non.
Elle : Si !
Lui : Déjà, c’était mon idée.
Elle : Nanananananèreuh.
Lui : C’est très adulte et mature comme réaction.
Elle : En même temps, venant d’une mouche, tu t’attendais à quoi ?
Lui : Nooooon… tu n’es pas sérieuse. Je n’ai jamais dit que tu étais une mouche.
Elle : Si, tu l’as dis.
Lui : Si je rajoute que ta compréhension du français et de ses expressions est très approximative, de combien ça me rapproche de la sortie ?
Elle : Essaie pour voir.
Lui : Tu viens de le refaire, le truc avec tes yeux.
Elle : Ah bon ? Vas-y montre.
Lui : J’ai pas trop envie d’arrêter de filmer maintenant. Tu commences à te détendre, on pourrait s’y mettre sérieusement.
Elle : Silteuplaiiiiiiiiiiit… Alleuuuuuh…
Lui : C’est pas aujourd’hui que tu seras une star de Youtube hein ?
Elle : Et c’est peut-être pas plus mal, tiens.

Taxis d’Abidjan – Le Va-et-vient

Légèrement endormie dans le taxi (c’est imprudent, ne le faites pas chez vous les enfants), je me laissais bercer par  l’allure de la voiture.
J’étais bien.
Une sonnerie est venue tout gâcher, celle du chauffeur.
Il décroche. Naturellement. Quoi d’autre ? Ici c’est Babi. Coucou Ophélie.
Par bribes et contrainte d’entendre, je note qu’il rassure quelqu’un à renforts de « j’arrive tout de suite ».
Il raccroche et lance pour lui-même : Ah, les femmes, elles sont toujours impatientes.
Puis, cette fois à mon attention : C’est quelqu’un à qui je donne des cours de conduite.
Moi : Ah (réponse de la meuf qui veut pas causer)
Lui : Elle va attendre un peu.  Je vous dépose d’abord et je fonce au quartier.
Moi : quel quartier ? (réponse de la meuf qui commence à être intéressée)
Lui : Port-Bouet.
Moi (dans ma tête) : Elle va attendre longtemps. On en route pour l’autre bout d’Abidjan.
Moi (à haute voix) : Vos cours de conduite, des femmes et des hommes qui se débrouillent le mieux ?
Lui : les hommes ! Les femmes, elles ont peur… ça me rappelle même d’ailleurs une de mes élèves. Paix à son âme. Une vraie peureuse. Un jour, elle a failli nous envoyer en brousse. Alors pour me venger, je lui ai demandé une fois arrivés sur un parking de s’entrainer à la marche arrière. Hors c’est un exercice fatiguant, surtout pour le cou, devoir regarder derrière et devant et derrière. Donc, je suis descendu et lui disait : Vas-viens, vas encore-viens,  vas-viens, vas-viens, vas-viens, …
Moi : …