Conversations – 3

Elle : Allo ?
Lui : Allo
Elle : J’ai cru que tu ne décrocherais pas.
Lui : Je peux encore raccrocher si c’est ce que tu veux.
Elle : …
Lui : Qu’est ce que tu cherches ?
Elle : J’avais des questions. Tu sais ? Sur toi, sur moi, sur nous deux.
Lui : Nous deux ?
Elle : Ce qu’on a vécu …
Lui : Qu’est-ce qu’on aurait vécu de particulier qui te fasse te questionner un dimanche matin avant le lever de soleil et me réveiller dans la foulée?
Elle : Est-ce que ça aurait pu être moi ?
Lui : …
Elle : Merde, je deviens folle.
Lui : Pour ça, tu ne m‘as pas attendu. Tu as toujours eu un grain.
Elle : Si je t’avais trouvé la première. Ça aurait été moi ?
Lui : A quoi ça peut bien te servir d’avoir des réponses sur toutes ces situations hypothétiques?
Elle : On peut se voir ?
Lui : Pour que ça se termine comme les précédentes fois ? Non merci. Je passe mon tour. Mais j’apprécie vraiment la proposition.
Elle : Très drôle.
Lui : Comment tu vas ?
Elle : Mal. Tu me manques.
Lui : …
Elle : Tu ne dis rien ?
Lui : Que veux-tu que je dise ?
Elle : Je ne te manque pas ?
Lui : J’imagine que la nouvelle de mon mariage a dû te parvenir d’une manière ou d’une autre.
Elle : Que veux-tu que ça me fasse ? C’est pas comme si je ne l’étais pas.
Lui : Tu ne m’aides pas là. Tu ne t’aides pas. Tu devrais arrêter et passer à autre chose. Je suis passé à autre chose moi.
Elle : Vraiment ?
Lui : C’est toi qui m’appelles. C’est toi qui m’écris. C’est toi qui cherches à me voir. Donc oui, vraiment.
Elle : Pourquoi tu m’évites ?
Lui : Je ne t’évite pas. C’est fini, c’est tout. Ça fut chaleureux mais faut circuler maintenant madame.
Elle : Et si je n’ai pas envie ?
Lui : Je ne serais pas toujours d’humeur badine. J’ai d’ailleurs décroché pour te dire que je ne décrocherais plus. Ça suffit. Elle commence à s’énerver.
Elle : Depuis quand c’est elle qui décide ?
Lui : …
Elle : Réponds-moi. Réponds-moi et j’arrêterai de t’embêter.
Lui : Non, je suis sûre que ça n’aurait pas marché. Le « nous deux » n’aurait pas tenu parce que tu faisais semblant de m’aimer. Que pouvais-tu me trouver ? Dans un monde normal, les femmes comme toi ne regardent pas les hommes comme moi. Tu es belle, intelligente, forte et moi ? Moi ? juste un lâche qui n’aurait jamais imaginé te plaire. Je n’y crois d’ailleurs pas et après toutes les fois où je t’ai vu j’ai toujours attendu de me réveiller.
Elle : Tu essaies de me faire un remake de la belle et la bête ?
Lui : Sauf que je n’ai pas un rond.
Elle : Hahaha. Pas faux.
Lui : Comment tu vas en vrai ?
Elle : En vrai, je vis, je souris, je ris. J’aurai juste préféré t’avoir à mes côtés.
Lui : On peut se voir ?

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Quoi faire ? – Sol Béni

Il y a des trucs qui fonctionnent toujours pour lui donner le sourire.
Se trouvent à égalité le chewing-gum, les sucettes au goût de mangue mille fois trop sucrées, les comptines (nom générique donné à toutes les vidéos qu’elle visionne sur youtube [mère indigne 😛 ]) et les jeux d’eau.

L’eau. L’eau. E.A.U.

Elle aime l’eau d’un amour dont seuls les enfants sont capables. Parce que moi quand je dis que je suis dingue d’une chose, j‘ai parfois besoin de mettre un peu distance entre ladite chose et moi. J’aime à dose homéopathique.

Pas elle. Elle pourrait rester dans l’eau toute une journée au risque de fondre.
Alors, il nous fallait un spot. La bassine, c’est rigolo et ça dépanne de temps en temps. Mais la bassine a ses limites que la raison ne peut ignorer.

J’ai un peu hésité, parce que on a certes des ambitions mais en pratique : On va où ? J’avais déjà testé la piscine du collège les figuiers. J’ai le droit de dire que le cadre n’est pas forcément enchanteur, sans pour autant être accuser de casser du sucre sur leur dos.

Les figuiers proposent des cours collectifs à partir de 3 ans et ça c’est très bien pour que les petits puissent se familiariser à l’environnement aquatique mais pour un après-midi de chill-glandouille-détente, ce n’est pas vraiment l’idéal pour moi.

Alors, au pif je décide de tenter Sol béni.
C’est pas loin de la maison et pour ce qui est des sorties toutes personnes comprises, être proche de la maison est un critère.

Et là, coup de cœur total. Les cieux se sont ouverts.
Je ne sais pas si c’est la verdure, les chaises longues, la piscine en forme de mangue, le canari-fontaine, le peu de monde, l’accueil ou un savant mélange de tout ça, mais je suis tombée amoureuse.

Les fois où nous y sommes allées, il n’y avait pas foule. Qui dit pas foule, dit la piscine est à toi. Si tu as beaucoup d’imagination comme moi et que tu sais faire la planche tu vas voguer librement, te laissant bercer par les remous de l’eau jusqu’à ce qu’un strident MAMAAAN te rappelle à l’ordre.

Ben ouais, la piscine n’est pas forcément synonyme de douce détente quand on est maman. Puisqu’il faut que j’amuse la progéniture et la guide. Déjà, elle a des flotteurs donc mes bras peuvent désormais se reposer un peu. Mais elle ne sait pas tout à fait avancer. Alors je sers de moteur.

Pour plus de fun, je vous conseille de prévoir différents jeux aquatiques : bouées, ballons, frites, flotteurs, gilets, matelas d’eau. Dans un monde idéal, il faudrait également le fameux flamand rose. Je rêve de ce flamand rose?

Sol béni m’a gbassé.

Sinon toi, tu te baignes où ?

Elle et Lui – 16

Le verdict était tombé.

Le cœur ne battait plus.

Le cœur qui une semaine encore battait, ne battait plus. Elle avait suggéré une panne de l’appareil. La technique et ses caprices. Elle avait tempêté que l’on change d’appareil, que l’on change de salle, que l’on change de médecin.

Elle avait hurlé de toute la force qui lui restait. Avec ses cris, elle expiait ces nuits d’angoisses, ces nuits d’attentes, ces nuits de prières, son incompréhension.

Il y avait bien eu ces douleurs sourdes qu’elle avait ignorées tant bien que mal. En marche, elle se tordait soudain, pliée en quatre alors incapable d’avancer. Couchée, elle se réveillait, fixant le plafond, suppliant que ça cesse. Mais, elle avait continué à vivre comme si de rien n’était. Peut-être qu’en se refusant à mettre des mots sur ce mal, il s’en irait comme il était venu. « Ce que tu ne regardes pas, n’existe pas » disait le dicton.  Le mal était pourtant resté. Persistant.

Un matin, il y avait eu tout ce sang. Cela, elle ne pouvait pas l’ignorer, surtout qu’il l’avait vu lui aussi. Il avait sur un coup de tête décidé de faire l’expérience tant vantée par ses collègues du télétravail. Il était donc présent ce jour-là.

Il avait réussi le tour de force de la convaincre de se rendre aux urgences. Juste un petit tour et puis s’en vont.

Hier encore, il était parmi eux et tout était possible.

Ils avaient parlé après de programmer une évacuation. Parce qu’en restant là, il risquait désormais de la tuer. Se sont-ils seulement posé la question de savoir si la femme qui l’avait porté 5 mois durant avait envie de continuer à vivre ? Parce que pour elle, si elle n’était pas capable de porter la vie, elle voulait bien partir.

Elle avait hoché la tête.

Elle s’est remémorée la précédente fois et celle d’avant. Heureusement qu’ils n’avaient pas encore annoncé la nouvelle par superstition. L’épreuve de la dés-annonce leur serait cette fois épargnée et avec elle … les mêmes mots, les mêmes phrases, les même regards, les mêmes rires, les même rumeurs.

Elle avait aussi pensé à lui, à eux. Même s’ils n’étaient pas les siens, elle s’en occupait depuis de longues années et ils l’appelaient mama.

En sortant de l’hôpital, il lui avait demandé comment elle se sentait. C’était comme discuter de la météo avec un condamné. Qu’est-ce qu’il voulait qu’elle réponde à ça. Elle lui avait souri faiblement et lui avait dit que tout irait bien. C’était un demi-mensonge, un pari sur l’avenir. L’autre face de la vérité est qu’elle était dévastée et qu’elle n’avait plus envie de respirer par moments.

Elle n’a plus rien entendu après ces mots. Elle a vu ses lèvres encore remuer, sans entendre. Alors elle a hoché la tête. Il devenait pratique ce hochement de tête. Il a eu l’air rassuré et a annoncé qu’ils feraient une halte au glacier : Vous venez de perdre un enfant, mangez donc une glace !

A cet instant, elle aurait voulu fondre en larmes. Elle ne l’a pas fait. Elle a compris qu’elle serait seule. Seule à comprendre, seule à souffrir, seule à pleurer. Elle a encore hoché la tête et s’était laissée bercer par le glissement de la voiture sur la chaussée.

Il a continué de parler, elle n’a plus rien dit.

Elle n’a plus dit un mot là-dessus et il avait l’air trop soulagé de la voir passer à autre chose pour aborder le sujet. Au contraire, lui parlait déjà de se relance, de retenter, de s’en remettre aux progrès de la médecine, d’envisager d’autres méthodes, …

Parfois le soir, elle se servait un verre de vin et allongée sur la terrasse, il lui arrivait de se demander le moment où elle avait foiré. Elle n’était pas plus mauvaise qu’une autre. Elle avait posé des actes, fait des choix, parfois les mauvais, parfois les bons. Elle avait confessé ses torts. Elle avait été blessée. Elle avait pardonné. Elle avait eu une vie de femme. Ni plus, ni moins.

Les jours ont passé, puis les mois.

Elle a repris le chemin de la cuisine. Elle a recommencé à faire les courses. Elle est allée chercher les garçons à la sortie de l’école. Elle a repris le travail. Elle a changé de coiffure. Deux fois. Elle a acheté de nouveaux vêtements. Elle a participé  à quelques expositions. Elle a trinqué à de bonnes nouvelles. Elle a consolé des peines. Elle a hoché la tête.

Elle avait aussi lu et relu des notices pour savoir quel cocktail serait le plus efficace, le plus rapide. Elle avait arrêté de s’alimenter mais jamais très longtemps. Elle avait vu trois psychologues et un psychiatre. Elle avait étouffé ses pleurs dans son oreiller.  Elle avait tapé dans des murs.

Mais, elle n’a plus rien dit.

 

Quoi faire? – La fondation Donwahi

Il n’y a pas longtemps, je me suis intéressée à ce qu’Abidjan offre en terme d’espace culturel : vieux restes d’un passage en France où il y a des musées pour tout, des expos partout et tout le temps.
Mon premier choix a été le musée des civilisations. Malheureusement, il est en travaux et ce jusqu’aux jeux de la francophonie de cet été 2017 / grandes vacances scolaires / grande saison des pluies. Ses trésors sont inaccessibles jusque-là.

Déception d’abord pour moi, ensuite pour elle. Elle, c’est mini-pouce. S’il est quelque chose que je veux lui inculquer-transmettre-donner-léguer parmi d’autres, c’est la curiosité, l’ouverture d’esprit, l’ouverture à l’autre, le goût du bizarre.

Alors après des ouï-dire au sujet de la fondation Donwahi, j’ai décidé qu’il était temps de retenter la sortie culturelle.

Parenthèse
Ça te fait ça à toi aussi, de planifier un truc et le jour j de ne plus avoir envie de bouger la moindre partie de ton corps et de te trouver un tas de raisons plus ou moins tordues pour te conforter que ce nouveau choix de l’enfermement est le bon?
J’ai reporté oowww. J’ai reporté même. Jusqu’à ce week-end où c’en était trop parce qu’au bout d’un moment, la vie ce n’est pas que des envies. Faut passer à l’action.
Fin de la parenthèse.

Sous un soleil de plomb, nous nous y rendâmes pleines d’entrain. Il est bon de savoir que les portes de la Fondation sont ouvertes jusqu’à 20 heures. Je ne le savais pas. Je n’aurais peut-être pas décalé si j’avais su mais c’est toujours bon de le savoir.

A la question : Maman on va où ?, je répondais : à la galerie.  Et avoue, ça en jette.

En ce moment et jusqu’au 31 juillet 2017, il y a des expositions permanentes et une autre que je qualifierais d’exceptionnelle : Jems Kokobi – Terre d’Origine.
Terre d’Origine, ce sont des sculptures sur bois réalisées à la tronçonneuse au cœur de la forêt.
Terre d’Origine, ce sont 5 œuvres dispersées dans la cour et une projection dans la « boite noire » qui nous plonge au cœur du processus créatif.
S’il fallait choisir, ma préférence à moi irait aux 2 chaises amoureuses. Traduire l’amour et le jeu amoureux par la désarticulation est MAJESTRALE.
Mais aucune œuvre ne laisse indifférent. Elles ont chacune une histoire que je vous invite à découvrir en vous y rendant, même si j’ai déjà trahi le secret des médiateurs sur snap *ownsl257*.
Nous avons eu la chance d’être guidée par une personne très sympathique dont le nom m’échappe maintenant et je me sens trop mal de cet oubli parce qu’elle contribue pour beaucoup à entrer dans l’univers de la Fondation et de l’artiste.

J’y retournerais certainement. Elle n’a pas été très attentive (dans le sens attentif de l’adulte où on attend de nous que nous écoutions sagement et fixement) mais elle a kiffé à sa façon et s’est émerveillée de tout et de rien (le vidéoprojecteur : maman la télé est dans le mur !!!). Elle a aussi beaucoup couru partout et ça elle aime. Je pense pour elle que l’intérêt viendra au contact encore et encore de cet univers.

PS : L’entrée est libre et libre c’est un autre mot pour gratuit. 😉

N’hésitez pas à partager à des parents ou pas autour de vous en panne d’inspiration.

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Les chaises amoureuses

 

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Merina – L’origine

 

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Mur de la galerie

 

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Mur de la galerie

 

Elle et Lui – 15

Sur la table, trônait encore les restes d’un repas.
Une assiette et un verre sales qui se trouvaient dans la même position depuis un temps qu’elle ne saurait plus dire. Elle n’avait plus la force de déplacer les choses. D’ailleurs pourquoi les déplacerait-elle? L’évier dans la cuisine était plein à craquer et il était devenu impossible de s’y mouvoir à son aise. Un chaos qui avait maintenant attaqué le salon. A cela, s’ajoutait une puanteur qui vous saisissait au nez dès que vous vous en approchiez, pour ensuite s’accrocher à vos vêtements et vous poursuivre jusque dans vos rêves.
Il fallait quand même qu’elle trouve une solution.
Elle avait compté et recompté les assiettes et verres jetables, restes de son fiasco d’anniversaire et elle savait qu’elle ne pourrait pas tenir longtemps. Il y avait au total 18 assiettes et 12 verres. Les verres n’étaient pas le plus important, elle pouvait s’en passer et faire à l’ancienne. Mais pour les assiettes, c’était un peu plus compliqué. L’idée lui a traversé l’esprit de se servir des feuilles de ses innombrables magazines dont aucun n’avait tenu ses promesses.
Et puis, zut.
Elle allait devoir sortir.
Elle n’allait quand même pas se terrer indéfiniment. Elle n’était sûrement pas la première à ressentir un tel chagrin et même si elle l’était, elle était fière d’être une pionnière.
Elle lui avait cherché des excuses. Elle n’avait rien trouvé.
Elle lui avait demandé des explications. Il n’avait pas daigné réagir.
Rien.
Pas un mot d’excuse.
Pas un mot tout court.
Elle était pourtant prête à lui pardonner mais pour cela il fallait qu’il fasse un effort. Un minuscule effort qu’elle emphaserait avec tout ce qu’elle avait d’imagination pour ses amies qui avaient été présentes. Elle devait sauver la face. Mais avec rien, qu’est ce qu’elle pouvait bien faire?

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Elle et Lui – 14

Elle m’avait prévenue.
Elle l’avait murmuré presque susurré mais les mots avaient été assez distincts pour que je l’entende clairement.  Elle me l’avait dit en me regardant droit dans les yeux, de tout l’aplomb dont elle était capable.
« Hey toi, va pas tomber amoureux ».
Elle s’était pour cela relevée de sa position favorite, c’est dire à quel point c’était important. Un peu brusquement d’ailleurs, prise d’une illumination.
Elle aimait à rester tout le temps que nous passions assis ou presque, à moitié affalée sur mon torse. Moi qui la soutenait, les fourmis me venaient dans les jambes et dans les bras mais je ne montrais jamais aucun signe de faiblesse.
A la suite de quoi, elle avait rajouté très sérieusement « Je n’ai plus la force de tout ça ».
J’avais ri sans trop comprendre.
De nervosité, de lâcheté, de peur, de tout ça à la fois sûrement. J’avais ri comme toutes les fois précédentes où elle insistait pour que je la laisse seule quelques instants le temps de … J’avais ri sans oser poser plus de questions.
Je me suis toujours demandé si elle voyait d’autres hommes sans jamais directement lui formuler. Mon petit doigt me dit que oui.  Mon cœur le somme de se taire.
La femme que j’aime.
C’est le surnom que je lui ai donné. Je dois reconnaître qu’il est quelque peu inhabituel, un peu long, mais il traduit exactement ce qu’elle représente pour moi. Parce que oui cette femme je l’aime.

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Humeurs – Estime de soi

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Estime de soi.

Estime de soi.
S’estimer.
Je m’estime.

Alors, « E.S.T.I.M.E.R. » a, sur le Larousse en ligne, pas moins de 5 définitions. Le mot recèle donc quelques subtilités et celle qui pour moi, correspond le plus à notre contexte est « Avoir une bonne opinion de quelqu’un, de son œuvre, de son action, en faire grand cas» .
S’estimer serait donc avoir une bonne opinion de soi. #CQFD
Avoir une bonne opinion de soi c’est quand même vachement simple. Comme le dit une sage de 30 ans  « Si tu n’es pas un sous-homme, dans ce monde actuel, pourquoi tu penses que tu n’as pas de valeur?« . Oui, la sage est un peu brute.
Tant qu’à réunir tout plein d’avis avant de me prononcer, je demande également à des ladies de mon entourage qu’elles me disent que ce qu’elles en pensent. En deux temps trois mouvements, un groupe whatsapp est créé et depuis mon canap’, je peux maintenant les emmerder harceler  interroger.

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Elle et Lui – 13

Il ne sera jamais à moi.

Plantée devant mon miroir, je me répète inlassablement ces mots. Ils finissent par ne plus avoir de sens mais je continue quand même. Répéter un certain nombre de fois, tout mot se vide peu à peu de substance pour ne plus être qu’un amas un peu pâteux dont la bouche ne sait pas trop quoi faire. Je ne sais pas si il existe un nom pour ce phénomène. Je ne suis même pas sûre qu’il s’agisse d’un phénomène.
Plantée devant mon miroir, je réalise brutalement qu’il est recouvert d’une épaisse pellicule de poussière. Depuis combien de temps l’ai je nettoyé? c’est quand la dernière fois que je m’y suis regardée? Un rapide coup d’œil circulaire me permet de constater que le reste de mon studio n’est pas mieux logé. Il serait temps de faire un grand ménage.

Il ne sera jamais à moi.

Je n’essaie pas de m’en convaincre parce que je le sais.
Nul besoin d’avoir été à Harvard, MIT, HEC ou où sais-je encore pour savoir ça. Je n’ai rien contre vous Messieurs Dames qui sortez de ces instituts Ô combien prestigieux. En vrai je vous envie, c’est qu’il en faut du talent pour adopter ces airs pleins de suffisance.
Même si cette fois c’est un peu différent, comme si mon cerveau semble ne pas vouloir transmettre aux autres cellules de mon corps le message.
Ce n’est pas le moment de flancher. Ressaisis-toi.
Tu n’est pas très futée mais ça tu le sais. Épargnez donc moi votre pieuse pitié et vos mines attristées. Il n’est pas question d’autoflagellation. La terre s’autoflagelle t-elle en disant qu’elle est ronde? Je parle de faits. Ne dit-on pas que la vérité est dans les faits? ou quelque choses comme ça? Si on ne le dit pas, on devrait le dire selon moi. LES FAITS, rien que les faits.

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Elle et Lui – 12

LUI

Je ne peux plus lui dire la vérité.
Enfin, je pourrais. Les mots justes seraient plutôt « je ne veux pas ». Physiquement, il n y aurait qu’à ouvrir ma bouche et prononcer les mots qu’il faudrait. Mais, non.
Et puis même si je voulais, par quel bout commencer?
Il y a encore un temps, cela aurait été possible.
Enfin, je crois. J’avoue ne plus bien savoir. Je n’ai jamais été très courageux et par dessus tout, je ne veux pas qu’elle parte.
Je vois d’ici tout ce qu’elle pourra dire quand elle l’apprendra. Oh ça va barder! Toutes ces injures qui n’ont jamais été à leur place dans sa bouche.
Alors je me cherche des excuses et je peaufine mes expressions.
J’ai besoin qu’elle continue de m’aimer.
Alors de mon côté, je continue. Je continue à lui dire qu’il n y a qu’elle et qu’il n’y aura jamais qu’elle. Cela aurait pu être vrai si je l’avais rencontré la première. Putain de vie. J’enlève cet anneau. Je m’oublie, je l’oublie.
Ca devient de plus en plus en difficile de jongler entre elles parce que le temps avançant, elle m’en demande plus. Ce plus que je ne pourrais jamais lui donner. J’ai déjà oui ailleurs il y a longtemps.
Elle et son air de ne pas y toucher.
La première fois, je ne lui avais pas prêté une réelle attention. J’avais faim et je sortais d’une réunion qui n’en finissait plus. La seconde fois, non plus. Puis, nous nous sommes revus, revus et encore revus. Beaucoup à cause d’elle. Elle est définitivement la plus audacieuse des deux.
Pourquoi dans ces moments là, je ne luis ai pas glissé entre deux tirades que j’étais marié. Je suis presque sûr qu’elle serait quand même restée. Elle était aussi accrochée que moi.
Je n’avais juste pas prévu que cela dure. Le plan était d’être de passage. Elle aurait dû rester une distraction. C’était ça le plan.
Elle s’est révélée fascinante, entêtante, envoûtante. Tout ce qu’elle avait une fois été.
Comment voulais-tu que je me résigne à la laisser partir? Je me suis retrouvé piégé.
Je ne sais pas comment ça va finir. Aussi hypocrite que cela puisse paraître, j’espère  sincèrement que personne ne souffrira.

Probabilité
Notion qui permet de quantifier le hasard. 

La probabilité d’un événement A, notée E, associe une valeur entre 0 et 1 que l’événement se réalise.
Lorsque E=1, l’événement  a « toutes les chances » de se réaliser. À l’inverse si E=0, l’événement a une chance nulle de se réaliser.

ELLE

Je l’ai vu.
Je ne la cherchais plus et je l’ai vu. Elle était là devant moi.
Nous étions loin de ce qui pouvait être une heure de pointe et j’aurais très bien pu prendre n’importe laquelle de ces foutues files. Pourtant, au moment de m’engager, une minute d’attente m’a paru une éternité et j’ai cherché la caisse la plus rapide.
Exit la maman avec son chariot rempli à ras bord, le monsieur et ses mille légumes (toutes les chances qu’il ait oublié d’en peser certains), je choisis de passer après cette fille avec rien sur le tapis devant elle.
Je ne l’ai pas reconnu immédiatement. Le nom par lequel la caissière l’avait appelé n’était pas celui que je connaissais. Elle avait 3 articles : 2 canettes d’une marque de bière que je ne connaissais pas et un paquet de chewing-gum. Elle s’était esclaffé quand la caissière lui avait premièrement annoncé un montant erroné. Elle avait une voix vibrante. Elle portait une robe que j’avais déjà vu en photo.
Ces photos qu’elle t’envoyait.
Quand j’ai appris pour elle, j’ai voulu la voir, la connaitre, l’étriper, comprendre.
Connaitre son visage et son nom n’était pas suffisant.
Je connaissais son lieu de travail. J’avais fait mes petites recherches. Alors, il m’arrivait de me convaincre d’avoir besoin de quelque chose pas très loin. Je m’y rendais tremblante et terrifiée; une peur irrationnelle qu’elle me reconnaisse.
Je n’ai pas toujours eu le courage de tourner mon regard dans ce qui aurait pu être sa direction. Les fois, où je l’avais eu, elle n’était pas là.
J’ai continué ce manège pendant un bon moment puis j’ai arrêté.
Et aujourd’hui, elle était là.
J’ai hésité à la confronter. Je crois avoir évité le ridicule. Elle m’a regardé, par deux fois. J’ai cru lire dans ces yeux une certaine interrogation.
Faut dire que je la dévisageais sans honte. Elle était belle. Elle était grande. Elle était elle. Je l’ai suivi du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse de mon champ de vision puis je suis rentrée te retrouver.
Je ne t’ai jamais dit que je savais. Je ne te le dirais jamais. Ni aujourd’hui, ni demain. Trop de conséquences qu’il faudrait tirer et pour lesquelles je n’ai pas la force. Je prie aussi fort que je peux en espérant que tu te lassera.

Elle et Lui – 11

J’avais 5 ans, il en avait 50.
Non, ce n’est pas ce que ça semble être.
C’était un accident.
Il n’avait pas prévu ma venue. Faut dire que quand votre femme a 48 ans, il y a des hypothèses que l’on ne forge plus.
Comprenez le, il avait d’autres projets mon père. Il réapprenait tout juste à penser à lui,  à s’occuper de lui, à vivre pour lui.
Mon père fait partie de cette génération qui s’est retenue de vivre une fois les enfants arrivés. Il avait vécu pour ses enfants et lorsque le dernier était parti pour ses études, il pensait en avoir fini.
Puis, je suis arrivée.
Je me souviens surtout du silence. A la question, comment était ton enfance ? Je répondais invariablement « silencieuse » et j’avais droit à ces regards mêlés d’interrogation et de pitié. J’ai arrêté d’être honnête pour commencer à répondre comme les autres : « heureuse ».
Pourtant, ce silence n’avait pas été oppressant.
Pour ma mère , j’étais un cadeau du ciel. La tête de mon père criait le contraire.
Papa n’était pas méchant. Il n’avait juste pas prévu de reprendre le chemin des couches.
Alors, il ne m’a pas calculé.
Je n’étais pas délaissée pour autant. J’avais tout le matériel nécessaire à ma bonne croissance et même un peu plus: un toit, de la nourriture, des vêtements, une nounou, des jouets. Pour le reste, je pouvais toujours courir.

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